... Suite à ma récente habilitation en tant qu'IPRP (Intervenant en Prévention des Risques Professionnels), je me suis posée la question de savoir quelle contribution je pourrais apporter par l'intermédiaire de ce blog. Comment apporter ma pierre à l'édifice ? Comment aider les personnes en prise à un harcèlement moral ? Comment aider des collectifs de travail ? Comment aider des managers face à ce type de situation ?
Deuxième blog de la plateforme pour ce mois de janvier (merci à tous !), ce dernier est souvent visité et a donc un rôle à jouer, ou du moins servirait-il simplement à interpeler les consciences et à redonner à chacun le pouvoir d'agir, cela serait déjà très satisfaisant...
Le sujet du "suicide au travail" appelle à débat et nous sommes tous d'accord pour dire qu'il y a urgence dans la prévention et l'action. Christian et Véronique, dans leurs commentaires laissés sur le post précédent, expriment bien la difficulté qui persiste dans la compréhension des collectifs de travail.
En effet, dans nos sociétés occidentales, cet équilibre psychosocial est en pleine mutation, bousculé à la fois par une individualisation croissante et un affaiblissement des liens collectifs et des solidarités traditionnelles que nous avons connues il y a quelques années.
Aussi effarant que cela puisse paraître aux yeux de certains managers, mais aussi de nombreux salariés, la frontière entre la vie privée et la vie professionnelle est souvent poreuse. Les questions de la place de l'une dans l'autre, et réciproquement, sont difficiles à trancher. Je pose la question : faut-il laisser ses affects, ses émotions etc... au vestiaire en arrivant au travail, au seul motif que l'entreprise n'en est pas responsable ? Ou doit-on au contraire laisser entrer ses sentiments, ses valeurs, ses engagements extra professionnels, voire ses soucis de santé ou familiaux, ses difficultés quotidiennes non directement liés au travail ? En un mot, rester soi et avant tout humain... Où sont les limites ?
Les nombreuses analyses que j'ai pu lire sur le sujet montrent que les phénomènes de stress personnel et professionnel, mais aussi plus largement l'analyse des effets de la "qualité de vie au travail" sur la performance et sur la santé montre qu'une vision cloisonnée n'est pas réaliste. En effet, nous ressentons la perméabilité psychique avec d'une part, l'importation du travail de ce que nous vivons par ailleurs et d'autre part, l'exportation vers nos sphères privée et sociale des satisfactions ou des difficultés liées au travail. Bien fort(e) est donc celui ou celle qui se met en "mode robot" dans un cas comme dans l'autre...
Pourtant, bien que poreuse, cette frontière doit demeurer clairement marquée car protectrice, tant pour l'intégrité et la santé du salarié que pour l'entreprise qui n'est pas responsable de toutes les tensions sociétales.
L'urgence demeure donc, entre ces deux pôles, à avoir la capacité de construire des modalités managériales et de ressources humaines qui permettent de prendre en compte cette frontière poreuse dans les deux sens : l'entreprise prendra en charge sans ambiguité, préventivement et collectivement, tout ce qui est de son ressort direct (organisation, management du travail...). Pour ce qui a trait à la vie personnelle des salariés impactant sur la vie professionnelle, l'entreprise travaillera à l'intérieur de limites claires et contractuelles afin de soutenir les personnes en difficulté, voire en situation critique, de façon temporaire ou sur une plus longue durée... et ce, afin d'éviter l'irrémédiable... celui du choix de la mort par le salarié qui ne trouve pas d'autre issue...
Bien entendu, cette attitude différenciée, construite de manière partagée, collective et explicite, ne pourra être qu'un atout très fort de performance et d'attractivité pour les salariés. Elle implique également de définir des limites et des modalités pour les responsables et les managers ainsi que pour les délégués du personnel et les syndicalistes, et par l'intermédiaire d'une solide formation, de mettre en oeuvre de nouvelles compétences en psychologie...





