Suicides liés au travail : la jurisprudence avance
Par Sylviane LAURO le mercredi 22 avril 2009, - Législation - Lien permanent
Photo : ici
Un tribunal a reconnu la semaine dernière comme maladie professionnelle la dépression qui a conduit un salarié d’EDF à mettre fin à ses jours (lire l’article du Point ici).
Les tribunaux se montrent en effet de plus en plus sévères comme le montre l’actualité récente en la matière. Une fois de plus, les risques psychosociaux sont au cœur des préoccupations et c’est tant mieux pour les salariés en souffrance ainsi que pour leurs familles. Stress, dépression, puis geste ultime qui marque un désarroi insurmontable, entre émotions intenses et responsabilités, les conséquences peuvent être gravissimes à tous les niveaux (de la « faute inexcusable » de l’employeur, y compris personne morale, à l’encadrement en général, voire aux collègues de la victime)…
Rappelons le Code du Travail (Art L.4121-1) : « l’employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale de ses salariés ». Paradoxalement, les « documents uniques » des entreprises font encore trop rarement mention des risques psychosociaux.
Marie PEZE, Docteur en Psychologie, Psychanalyste et Expert auprès de la Cour d’Appel de Versailles décryptent pour nous ces pathologies prenant leur source non seulement dans des attitudes perverses de certaines personnes mais aussi au sein des modes d’organisation du travail. Explications :
« ''Les pathologies liées aux nouvelles formes d’organisation du travail sont essentiellement classifiées comme pathologies de surcharge :
1) Surcharge de fonctionnement psychologique, mental, cognitif entraînant des tableaux précis comme le burn-out (syndrome d’épuisement professionnel), la dépression, la névrose traumatique, la paranoïa situationnelle,
2) Surcharge de fonctionnement pulsionnel entraînant des décharges comportementales comme la violence contre l’autre (agression contre les collègues ou les usagers) ou contre soi (suicides) ou contre l’outil de travail (sabotages), comme les dérivés éthiques (adhésion aux pratiques de harcèlement moral contre les subordonnés),
3) Surcharge de fonctionnement organique entraînant des pathologies physiques précises (troubles musculo-squelettiques, karoshi ou mort subite au travail).
Afin de prévenir ces gestes irréparables, rappelons le rôle prépondérant de chacun car « les nouvelles formes d'organisation du travail ont profondément transformé les relations dans les groupes de travail ; la précarité a entraîné l'intensification du travail, neutralisé la mobilisation collective, généré le silence et le chacun pour soi : ne rien entendre, ne rien voir, ne rien dire. La peur de perdre son emploi a induit des conduites de domination ou de soumission.'' »
Ainsi, certains se plaignent d'un harcèlement que quelques mois plus tôt ils ont vu exercer sur autrui sans intervenir ou bien pire, pour garder leur place, en apportant leur témoignage à charge. Personne n’est à l’abri… dans ce sens, la solidarité peut sauver des vies, songez-y et prenez soin…
A lire en pièce jointe : Risque suicidaire : enjeux et responsabilités
Les cahiers du DRH n°152 – Mars 2009




Commentaires
Merci Sylve. Les jurisprudences sont primordiales évidemment. Sur le suicide dans ce contexte - en étant en accord avec ce qui est dit - rappelons quand même que l'attention et l'écoute, aussi grandes soient elles, ne peuvent peut-être rien in fine. Il faut le faire bien-sûr: être aidant dans la mesure de ses moyens (je pense surtout aux collègues des victimes).
Tout-à-fait Véronique et il n'est pas question ici de culpabiliser mais le harcèlement est toujours groupal et pas seulement issu d'une relation interpersonnelle "pervers-victime"... Malheureusement, encore trop de "collègues" sont en plein coeur de dérivés éthiques et cautionnent par leur silence le harcèlement, voire y participent activement... Ce type de comportement est maltraitant et conduit à l'isolement de la personne harcelée qui peut aller jusqu'à retourner la violence contre elle... De plus en plus, la législation en tient compte, c'est la raison pour laquelle certains collègues de travail peuvent être à ce titre condamnés... mais au-delà de l'aspect purement juridique, je pense qu'il est primordial de travailler de manière thérapeutique sur le groupe afin qu'il ne reproduise pas cette maltraitance...
Bien à toi
Sylve
Merci beaucoup Sylve pour ces explications. C'est vrai qu'un travail de type systémique doit être utile, je n'y avais pas pensé.
Hé bé, il serait temps!
Merci pour cet article toujours super complet!
Merci à vous deux !
toujours fidèle même si silencieuse...
je constate que le sujet est inépuisable... triste et inépuisable... ahhh... si tu avais une baguette magique ma chère marraine...
encore un grand merci pour tout ce partage, cette expertise et toujours cet altruisme exemplaire !
espérant que tu ailles bien. je t'embrasse et merci pour tes commentaires
@ BJC : je te sais toujours là... penses aussi à toi... Quant à la baguette magique...
Je t'embrasse bien fort et 1 000 mercis à toi pour ces mots...