Suicides chez les fonctionnaires
Par Sylviane LAURO le vendredi 6 mai 2011, - Actu - Lien permanent
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Voilà un thème encore trop passé sous silence à l'heure actuelle alors que la fonction publique n'a rien à envier sur le sujet aux entreprises qui font souvent la une des tabloïds... Entre réformes à gogo et suppression de postes en série, la souffrance au travail semble s'être durablement installée dans les trois fonctions publiques, ce qui appelle à la plus grande vigilance et surtout à l'action. Mercredi dernier encore un quinquagénaire, inspecteur du travail et syndicaliste, a mis fin à ses jours au sein même de son Ministère.
Pôle emploi, Ministère du travail, de l'écologie, fonction publique hospitalière, territoriale et police sont au coeur des RPS où malgré les accords du 20 novembre 2009 préconisant , entre autres, de mettre en place des actions de prévention et de formation, cela reste encore et toujours un tabou et un déni... Entre espoir et désespoir...
En effet, les fonctionnaires sont aujourd'hui autant pressés que les oranges de FT, pourtant la problématique est très peu (voire pas du tout) prise en compte, les directions ne prennent pas en compte le sujet par manque de temps, de moyens au coeur de déni et de tabou, particulièrement centrés sur des vieux clichés prônant le fait qu'un fonctionnaire au travail ne travaille pas (pour rester soft). Pourtant, les faits sont là et les suicides de ces agents sont une réalité qu'il faut aborder avec écoute et humilité malgré les difficultés qui entourent cette véritable boite de Pandore.
Lorsque ces tristes actualités émergent et tentent d'éveiller les consciences, les mêmes préjugés ressurgissent : j'ai encore entendu l'autre jour un psychiatre commentant à la télé le dernier suicide chez France Télécom évoquant, je cite, "une fragilité personnelle" de l'agent en question, et donc quid de la responsabilité de son entreprise !!!
Quand cessera-t-on de stigmatiser les individus en disant que ce ne sont que des faibles ? Nous voyons tous les jours des personnes en souffrance qui tiennent leurs postes de travail, au détriment de leur santé, parce que leur interrogation est la suivante : "que vont penser de moi mes collègues si je me mets en maladie ?" ; voilà à quoi peut aboutir le jugement de l'autre, et cela n'appartient pas qu'au management et/ou aux directions d'entreprises et de fonctions publiques ; nous sommes tous coacteurs de ce type de situation.
Cela nous prouve aussi la valeur identitaire forte du travail aujourd'hui, et la frontière vie privée-travail est de plus en plus poreuse voire maintenant invisible. Je pense intimement que ces actes forts nous montrent de plus en plus un refus de ces modes de fonctionnement. Des maux à analyser bien entendu, à entendre surtout car c'est en travaillant tous ensemble sur ces sujets que nous pourrons enrayer le phénomène, pour cela, il nous appartient de se donner la main, de mettre en débat le travail, de sortir de la honte et d'oser parler... enfin...




Commentaires
Bonjour,
Souffrance au travail : pourquoi et comment en est-on arrivé là ?
http://www.agoravox.fr/actualites/s...
Cordialement
En complément de ton billet Sylve, il faut ajouter que les conditions de travail qui se dégradent dans la fonction publique sont dues à des décisions gouvernementales. Et entre autres la RGPP, la révision générale des politiques publiques qui touchent tous les services publics. La réforme hospitalière, par exemple, ou celle de la biologie médicale, voir mon billet : Et pendant ce temps… la démolition des services de santé de proximité se poursuit en catimini ! (http://acqualin.blog.nordjob.com/in...!) dégradent non seulement la qualité du service public mais mettent à mal la solidarité et le lien social entre les citoyens. Et comme le plus souvent, les plus faibles trinquent.
C'est à se demander à quoi a servi le rapport "La santé mentale l'affaire de tous" commandé par le gouvernement de M. François Fillon et remis le 17 novembre 2009 à la secrétaire d'État chargée de la Prospective et du développement de l'économie numérique, Nathalie Kosciusko-Morizet (Mauvaise santé mentale et mal-être coûtent cher à la société : http://acqualin.blog.nordjob.com/in...).
Il faudra bien, un jour ou l'autre, mettre en cause les hommes et les femmes qui au nom du libéralisme le plus débridé, décident de "dégraisser le mammouth". Et les juger, fussent-ils au plus haut niveau de l'État, pour les conséquences que cela entraîne.
Tu parles de France Télécom. Mais qui se souvient qu'au début des années 1990, France Télécom et La Poste formaient un seul et même service public : Les Postes et Télécommunications. Et que c'est le 1er ministre de l'époque M. Michel Rocard et le ministre d’État, ministre de l’Économie, des Finances et de l'Industrie, M. Pierre Bérégovoy qui décidèrent de dépecer ce service public pour l'emmener vers la privatisation. On voit les résultats vingt ans plus tard.
C'est ça qui doit nous faire réagir.
Comme citoyens nous devons dire NON !
Et refuser ce qui divise et ce qui créé de la souffrance au travail au point de se tuer sur son lieu de travail.
C'est une question d'humanité.
@ + Pierre-Antoine