Pas de trêve des confiseurs pour les RPS...
Par Sylviane LAURO le lundi 21 décembre 2009, - Actu - Lien permanent
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Le tribunal des affaires de Sécurité sociale (TASS) de Nanterre a condamné Renault ce 17 décembre pour « faute inexcusable » après le suicide, en octobre 2006, d’Antonio B., un ingénieur en informatique.
Le salarié s’était défenestré du 5e étage bâtiment principal du Technocentre de Renault à Guyancourt (Yvelines). Technocentre ou en quelques mois trois autres salariés se sont suicidés.
La Caisse primaire d’assurance-maladie avait auparavant reconnu le « caractère professionnel » de ce suicide.
Tandis que le cabinet Technologia livre un rapport désastreux concernant France Télécom... Les risques psychosociaux ne connaissent malheureusement pas la crise, ni la trêve des confiseurs....
Le TASS a estimé que le groupe automobile aurait « dû avoir avoir conscience du danger auquel (ce salarié) était exposé dans le cadre de son activité professionnelle » et qu’il « n’a pas pris les mesures nécessaires pour préserver son salarié » de ce risque. Malgré les alertes lancés par les collègues de l’ingénieur à la hiérarchie, le médecin du travail n’a pas été alerté.
Au-delà du cas du drame de ce salarié, le tribunal a également pointé « l’augmentation de la charge de travail des salariés » et la « forte exigence de rentabilité » à l’égard des salariés. Des éléments qu’une enquête commanditée par le groupe lui-même a confirmé.
Si la famille tenait essentiellement à la reconnaissance de la responsabilité de Renault, le TASS n’en est pas resté là . Il a fixé au maximum la majoration de rente allouée à la veuve et à son fils. Renault devra également verser un euro de préjudice moral. Le groupe a un mois pour faire appel.
Pendant ce temps, le cabinet "Technologia" a dévoilé un rapport accablant concernant France Télécom, conclusions qui confirment le malaise dénoncé par les salariés et les syndicats sont accablante pour l’équipe dirigeante du géant des télécommunications et son management au forcing. L’enquête à laquelle 80 000 salariés ont répondu (sur 102 000) révèle qu’un quart des salariés sont en grandes difficultés psychologique et sociale.
Le rapport parle d’un « ressenti général très dégradé », de « fragilisation de la santé physique et mentale », d’« ambiance de travail tendue, voire violente », selon les agences de presse qui en ont eu copie. Si 95 % des salariés affirment avoir été fiers de travailler à France Télécom cinq ans auparavant, ce taux a chuté à 39 % aujourd’hui.
L’enquête de Technologia – commanditée après 32 suicides de salariés en 2 ans – révèle en tout cas la profondeur du fossé creusé avec les personnels que l’on a pas voulu entendre...
Source : AFP et Viva Presse - Le 21 décembre 2009






Commentaires
Le thème est délicat ; le harcèlement moral (et son interdiction) a fait son entrée -il n'y a pas si longtemps que ça- dans le règlement intérieur ; les législateurs se sont penchés sur la question ; les formations ont fleuri (quelle opportunité...) destinées aux DRH, IRP, ..... il est probable que les médecins, de la sécu, du travail... ont été convoqués en colloques...
Reste que la preuve du harcèlement reste à la charge du harcelé... (écrits & témoignages, en gros). Reste que la méthode du harceleur devient bien rodée, tendance perverse (je retire tendance finalement) ; reste que les témoins ne viendront pas, parce que tant qu'on s'occupe de vous, ils sont tranquilles, parce qu'ils ont peur de perdre leur emploi, ou même parfois parce qu'ils en tirent profit... bref parce qu'ils ont été eux-mêmes manipulés de sorte à cautionner les actes dudit harceleur... reste que le médecin du travail peut être plein de bonne volonté, mais ne risque pas de pouvoir se faire "une intime conviction" par une simple visite dans l'entreprise où de toute façon la loi du silence règne...reste que le médecin conseil de la sécu, etc... , reste que les IRP sont probablement confrontés au même problème : ou commence le harcèlement ? quelle est la limite entre un comportement "un peu rude" du au stress et la volonté délibérée de nuire ?... ça relève tout de même un "tout petit peu" de la psychologie non ? (je parle ici des vrais psychologues avec un vrai diplôme...) reste que toutes les entreprises n'ont pas de IRP, et là ... reste que le harcelé lui-même ne sait plus s'il est victime ou tout simplement le déchet dont on lui renvoie l'image... et qu'il ne réagira probablement jamais comme "on le lui conseillera rétrospectivement" : avertir sa hiérarchie -il est pourtant déjà tellement probable qu'elle soit au courant, si ce n'est la responsable indirecte, sinon pourquoi déléguer le management à des salariés qui n'en ont pas la compétence ?- prévenir la direction du travail -qui constatera à son tour l'absence de preuves...-etc... Il n'y aura de toutes façons pas de bonne solution, la seule qui sauvera le harcelé sera de quitter son entreprise, avec évidemment la sensation "d'avoir laissé des plumes", mais c'est une bonne alternative au suicide, non ? reste que ça vaut le coup : déclencher les sonnettes d'alarmes de son médecin traitant, du médecin du travail, demander que son arrêt de travail soit qualifié "accident de travail", faire les frais d'un avocat, et chercher... jusqu'à peut-être trouver, la faille qui mettra en cause ledit harceleur et lui fera -peut-être...- prendre un tout petit conscience qu'il n'est pas tout à fait intouchable. Quant à moi, je décerne la palme de la "faute inexcusable" à l'entourage professionnel, qui sait, qui en témoigne en privé, et se tait ensuite à tout jamais... L'ambition, ni même la peur du chômage ne peuvent expliquer la non-assistance aux personnes en danger.... Quid de légiférer là -dessus ?...
C'est le prix que j'accorde à la personne humaine !
Et je ne vois aucune autre possibilité d'empêcher les drames qui se jouent aujourd'hui dans l'entreprise ou l'administration, que de faire prendre conscience que la solidarité n'est pas qu'un mot... c'est mon voeux pieux pour 2010 !
... Rien à rajouter... Si ce n'est que la roue tourne un jour... Merci pour ce descriptif TRES réaliste des situations vécues encore aujourd'hui par des milliers de salariés... Je me lie à vous pour que ces voeux ne restent pas pieux (ce qui est quotidiennement l'objectif de ce blog)...Et de vous rappeler les mots de Marie PEZE : "les chemins de l'eau ont un prix" et l'eau trouve toujours un chemin...
Bien à vous
Sylve
L'eau trouve toujours un chemin... A méditer. Comme cette citation du pasteur anti-nazi Martin Niemöller :
" Quand ils ont arrêté les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste ; quand ils ont arrêté les socialistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas socialiste ; quand ils ont arrêté les juifs, je n’ai rien dit, je n’étais pas juif ; quand ils sont venus m’arrêter, il n’y avait plus personne pour protester. "
Formation professionnelle comment s’assurer qu’elle soit utile ?
La situation économique et les pressions que subissent les équipes dans les entreprises mettent l’accent sur l’utilité des formations professionnelles.
Plus question de partir en formation, pour sacrifier à une simple tradition.
Comment faire en sorte que la formation soit le plus exploitable possible par celui qui la reçoit et finalement le plus profitable pour l’entreprise aussi ?
Nombre de formations se contentent d’expliquer, de sensibiliser.
C’est le cas des formations sur la méthode et la gestion du stress.
Pour ma part je trouve que l’idée de faire passer les messages par une approche physique, est une idée intéressante.
Il nous est tous arrivés de mémoriser autant par le geste que par la réflexion.
C’est ce type d’approche qu’il faut promouvoir.
Je conseille donc aux DRH, aux salariés de regarder ce que propose ce groupe de formateurs qui a mis au point des formations en ce sens.
www.doxygene.com
@ Pierre Antoine : toujours les mots justes merci...
@ François : il y a peu sur ce blog, Ariane BILHERAN, spécialiste de ces questions explorait de nouvelles pistes telles que celles du théâtre par exemple ou le jeu de rôle. Très explicites pour éveiller les consciences, ces méthodes méritent que l'on s'y intéresse de très près... Je rejoins ici votre idée de "l'approche physique", telle une véritable main tendue... Cependant, la sensibilisation doit continuer encore et encore jusqu'à ce que toutes les consciences soient touchées...