Le sens du travail et le travail du sens
Par Sylviane LAURO le mardi 20 janvier 2009, - Emploi - Lien permanent
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Le télétravail... Au coeur de l'actualité de plus en plus... Une façon de travailler déjà ancienne pour certain(e)s, une vision de l'avenir pour d'autres... Une nouvelle forme de travail, n'est-ce pas finalement interroger le sens du travail ?
Que cherchons-nous exactement dans le travail ? Voilà une question pour le moins fondamentale à laquelle beaucoup répondront : « un moyen de gagner de l’argent ». Comment non ? ! ? En plein cœur d’une crise économique mondiale… Vous n’allez pas me dire que… ce qui nous pousse alors à nous lever le matin, c’est bien plus que le besoin « alimentaire » ?
Pour Yves SCHWARTZ, professeur de philosophie, travailler engage de manière vitale notre humanité : «Travailler, c’est faire un usage de soi-même par soi-même». Car la jouissance entière de la Vie que nous cherchons. Elle n'est pas seulement en dehors du travail. Elle est aussi dans le travail…
Le sens du travail et le travail du sens… Telle est la question…
Au fond de nous, chacun aspire à un travail qui soit accomplissement de soi.
Travailler c'est aussi se réaliser. Nous cherchons dans le travail un vrai plaisir, une satisfaction, une reconnaissance sociale, une justification du sens à donner à notre vie. Nous avons besoin de nous sentir utile pour les autres et de nous sentir justifié à nos propres yeux. Il y a donc beaucoup d’hypocrisie à vouloir justifier le travail pour des motifs purement économiques mais aussi beaucoup d’hypocrisie lorsque l’on parle dans des rapports (cf. ci-dessous) de défi à l’accomplissement de soi dans le travail en France en 2025 (j’espère que vous êtes zen et que vous avez du temps devant vous ! 
On parle donc également beaucoup de télétravail (débat du mois quand tu nous tiens !), dans le cadre du développement durable, comme solution alternative à la mobilité, aux licenciements, à la réalisation d’économies non négligeables pour l’entreprise, à la réduction des transports (et donc de la préservation de notre très chère ozone), au développement des NTIC (dans le même registre France numérique 2012)… mais combien d’entreprises et d’administrations à ce jour fonctionne sur ce schéma de raisonnement ? BJC, en recherche d’emploi dans le télétravail, vous en parlera mieux que moi… Et, pour une fois, au lieu de tirer des plans sur la comète, si on agissait… maintenant ?
Les vraies raisons sont bien plus profondes. Chacun travaille pour l’estime de soi, comme le dit Kant, «chacun travaille pour soi». Fondamentalement, et même si cette conscience n’est pas très claire, nous ne travaillons pas pour avoir (qui a dit oui ?), mais surtout pour être et nous sentir être davantage. C’est la raison pour laquelle le travail peut nous procurer de la joie. Il ne s’agit donc pas seulement de chercher à gagner sa vie tout en la perdant, ce que font hélas la plupart des gens, en ne voyant de justification du travail qu’économique. Avec ce que cela engendre au niveau de la charge mentale, des cas de harcèlement qui sont devenus légions, des plans sociaux etc… etc…
Il s’agit donc plutôt de gagner sa vie, tout en gagnant la Vie. Ah ! Oui… Quel belle phrase dithyrambique n’est-ce pas ? Gagner la VIE… Alors, combien d’entre vous, gagnent la VIE ? J’attends vos pertinents commentaires à ce sujet… 
Si l’on poursuit ce raisonnement, la nécessité qui pousse l’homme à travailler, c’est donc la nécessité de s’accomplir en tant qu’être humain (« Je pense donc je suis », « Je suis parce que je travaille » ? « Je travaille parce que je suis ? »… Bon… Bon… Nous nous égarons au cœur de problématiques philosophiques… Le travail, comme toute autre activité, est une forme d’expansion de la conscience (ne parle-t-on pas de «conscience professionnelle» ?), une jouissance et conquête de soi ( ? !)…
Ainsi, derrière le travailleur expliquait Nietzsche, il y a l’affirmation de l’individu, en d’autres termes : l'affirmation de soi. Mais, toute activité de travail est aussi une activité sociale car «l’usage de soi-même par soi-même» est conditionnée par les collectifs dans laquelle elle s’insère : « un usage de soi par et pour les autres »… Hum ! « Par et pour les autres » vous dites… Oui mais… Avec le délitement conséquent du collectif aujourd’hui, ma question est : où sont les femmes, les autres ? Ne perdons pas de vue que si nous existons au sein d’une activité de travail, c’est parce que nous déployons celle-ci en fonction de l’activité de ceux qui nous ont précédé et de ceux qui nous suivent (qui a conscience de cela ? Levez le doigt…) Cette dimension collective est fondamentale, même quand elle n’est pas visible.
Intervient alors le travail du sens… Vaste projet et vaste programme… Dans quel sens faut-il partir ? Où cours-je ? Dans quel état gère j’ère ?
Le sens se construit, il n’est pas donné d’avance (trop facile !). Il se construit à partir d’une culture, d’un ensemble de valeurs et de représentations. Il se construit en situation, dans une interaction et une relation. Nous sommes donc des bâtisseurs qui s’ignorent… Certes… Mais, le sens dépend des envies qu’il satisfait, des besoins qu’il comble, des projets qu’il sert, des obligations qu’il honore. Il va donc bien au-delà d’un simple concept architectural…
Ainsi, chacun cherche à allier nécessité et vertu, raison et sentiments, devoir(s) et envie. Le travail du sens participe à la fois des tactiques à court terme (pour ceux qui naviguent à vue !) et des stratégies de longue haleine (lorsqu’elles ont le mérite d’exister ! Bon… Je vous l’accorde, je me moque un peu beaucoup !), du principe de plaisir et du principe de réalité. Que de paramètres qui entrent en jeu ! Alors, faut-il penser (panser) le travail ? Et comment ? Penser, c’est avoir la réflexion analytique de son activité… Panser, c’est qu’il est déjà trop tard et que nous sommes engagés dans l’action thérapeutique de réparation…
Dire que le sens se construit n’est pas dire seulement que c’est une affaire de représentations, une affaire subjective. Le « toucher » n’est-il pas un sens ? Quand alors le sens devient-il palpable ? Et au fond, est-il vraiment palpable ? C’est dire aussi que cette construction est une activité mentale complexe, réflexive (pour celles et ceux qui s’y penchent !), dans laquelle l’acteur investit une part de sa liberté et de sa distance au monde : je sais que j’ai besoin de sens et je prends parfois la mesure de mes efforts, plus ou moins dérisoires, pour le maintenir ou l’inventer, le créer, le porter contre vents et marées... surtout « contre vents et marées »…
Le sens est-il culturel alors ? Très certainement oui, car nul n’est jamais seul dans la construction du sens, il se construit au cœur d’interactions diverses et variées…
Des bâtisseurs oui… Des destructeurs aussi trop souvent… Et lorsqu’on détruit… Il faut recommencer, rebâtir, reconstruire, et réinvestir de l’énergie à redonner du sens… Travailler donc à la reconstruction d’un contenu du travail, qui restituerait aux salariés leur «pouvoir d’agir ensemble», indispensable à la (re)construction de leur santé (et évidemment à celle de l’entreprise !), à l’accomplissement de soi, mais aussi AVEC et POUR les autres… Dans ce cadre, le télétravail serait-il un "palliatif", une "alternative" vers une meilleure santé au travail ?
Si ce sens se construit, au moins provisoirement et partiellement (quel travail !), l’apprentissage devient alors possible ; sinon, on perpétue à l’infini la comedia dell’arte comédie du savoir !
I have a dream… Yes we can... Le 20 Janvier 2009
A consulter : France 2025, le défi de l’accomplissement personnel au travail – Source Centre d’analyse stratégique Réseau ANACT
Pour éclairer le débat du mois : Le plan France Numérique 2012 veut encourager le télétravail, source ANACT - Octobre 2008
A relire : De la question du sens et des valeurs du travail Sylviane LAURO - 12 novembre 2007
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Commentaires
Euh... juste une question... on gagne de l'argent quand on travaille ? Ha... y'en a qui osent demander de l'argent en échange de leurs compétences ? de leur sueur ? Non parce que moi, je croyais qu'on travaillait pour la gloire, pour aider son patron à s'enrichir, pour s'épanouir autrement qu'avec un fer à repasser...
merci pour cet éclairage très intéressant Sylve et pour les liens que je vais bien sur m'empresser de consulter. Et merci pour le mien (de lien)
je t'embrasse
Toujours aussi réactive ! Je te reconnais bien là
Oui que de questionnements n'est-ce pas ? Sujets à réflexions s'il en est...
"Si le travail c'était bien, ça se saurait, pourquoi tu crois qu'on nous paye pour travailler ?" Anne ROUMANOFF
il me semble qu'il a été omis le fait que le "travail" est tout simplement arrivé avec l'industrialisation au 18ème. Avant cela, soit on était esclave soit l'on était propriétaire terrien ; l'esclave travaille pour le proprio et a de quoi se nourrir en récompense, le proprio jouit du fruit de ses terres mais ne les travaille pas.
L'intéret que vous donnez au travail suinte directement du capitalisme et, est donc pour ma part totalement erroné.
On ne fait pas usage de soi, on fait c'est tout.
Et comme le dit Kant "chacun travaille pour soi" a pour sens que chacun travaille pour les raisons qu'il y pousse, et non pour l'estime de soi, le raccourci est vite prit je trouve.
Enfin, la célèbre phrase de Pascal "je pense donc je suis" est une aberration, Lacan l'a démontré plus d'une fois, le simple fait de dire "Je" prouve que l'on est.
Le travail c'est cette chose infame que l'on nous pousse à choisir de plus en plus jeune, et dans laquelle, l'humanité laisse la place aux plan sociaux, a la délation,.....il est forcément associé au pouvoir, de part son principe d'échelon et annihile toute notion de subjectivité.
Le sens même du mot travail nous renseigne clairement, cela vient de "tripalium" qui était un instrument de torture...
Nous pourrions en effet debattre longuement sur ce mal qu'est le travail et auquel nous avons offert notre liberté, puisque si l'on veut manger nous devons lui consacrer la plus grosse partie de notre temps, et les plus belles années de nos vies non par choix mais par nécessité, là est le véritable problème du travail.
je suis étudiante de dernière année pour secrétaire de direction et je fais un mémoire sur le sujet du télétravail.
J'aimerais avoir des témoignages sur le sujet.
Cela est vraiment important.
J'ai un questionnaire.
Si cela vous intéresse, vous pouvez me laisser un message sur facebook ou MSN a l'adresse suivante:sunshining33@hotmail.com
merci beaucoup
Bonjour,
La spécialiste du télétravail sur la plateforme, c'est Nathalie. Vous pouvez visiter son blog ici :
http://nathaliecordeaux.blog.pacajob.com/
Bonjour, j'ai été interessée par votre message car je viens de faire un mémoire qui parle des sens et du sens:, comment on se construit , dans le cadre d'une formation (je suis médeciin) et je compte le faire évoluer en parlant aussi du sens du travail et de sa réelle imortance ou non pour se construire en tant qu'être humain (car en fait je suis médecin du travail)
Sur le sens du travail et sa valeur pas seulement marchande...
http://www.revenudebase.ch/fr/node/...