Au fond de nous, chacun aspire à un travail qui soit accomplissement de soi.
Travailler c'est aussi se réaliser. Nous cherchons dans le travail un vrai plaisir, une satisfaction, une reconnaissance sociale, une justification du sens à donner à notre vie. Nous avons besoin de nous sentir utile pour les autres et de nous sentir justifié à nos propres yeux. Il y a donc beaucoup d’hypocrisie à vouloir justifier le travail pour des motifs purement économiques mais aussi beaucoup d’hypocrisie lorsque l’on parle dans des rapports (cf. ci-dessous) de défi à l’accomplissement de soi dans le travail en France en 2025 (j’espère que vous êtes zen et que vous avez du temps devant vous ! ;)

On parle donc également beaucoup de télétravail (débat du mois quand tu nous tiens !), dans le cadre du développement durable, comme solution alternative à la mobilité, aux licenciements, à la réalisation d’économies non négligeables pour l’entreprise, à la réduction des transports (et donc de la préservation de notre très chère ozone), au développement des NTIC (dans le même registre France numérique 2012)… mais combien d’entreprises et d’administrations à ce jour fonctionne sur ce schéma de raisonnement ? BJC, en recherche d’emploi dans le télétravail, vous en parlera mieux que moi… Et, pour une fois, au lieu de tirer des plans sur la comète, si on agissait… maintenant ?

Les vraies raisons sont bien plus profondes. Chacun travaille pour l’estime de soi, comme le dit Kant, «chacun travaille pour soi». Fondamentalement, et même si cette conscience n’est pas très claire, nous ne travaillons pas pour avoir (qui a dit oui ?), mais surtout pour être et nous sentir être davantage. C’est la raison pour laquelle le travail peut nous procurer de la joie. Il ne s’agit donc pas seulement de chercher à gagner sa vie tout en la perdant, ce que font hélas la plupart des gens, en ne voyant de justification du travail qu’économique. Avec ce que cela engendre au niveau de la charge mentale, des cas de harcèlement qui sont devenus légions, des plans sociaux etc… etc…

Il s’agit donc plutôt de gagner sa vie, tout en gagnant la Vie. Ah ! Oui… Quel belle phrase dithyrambique n’est-ce pas ? Gagner la VIE… Alors, combien d’entre vous, gagnent la VIE ? J’attends vos pertinents commentaires à ce sujet:)

Si l’on poursuit ce raisonnement, la nécessité qui pousse l’homme à travailler, c’est donc la nécessité de s’accomplir en tant qu’être humain (« Je pense donc je suis », « Je suis parce que je travaille » ? « Je travaille parce que je suis ? »… Bon… Bon… Nous nous égarons au cœur de problématiques philosophiques… Le travail, comme toute autre activité, est une forme d’expansion de la conscience (ne parle-t-on pas de «conscience professionnelle» ?), une jouissance et conquête de soi ( ? !)…

Ainsi, derrière le travailleur expliquait Nietzsche, il y a l’affirmation de l’individu, en d’autres termes : l'affirmation de soi. Mais, toute activité de travail est aussi une activité sociale car «l’usage de soi-même par soi-même» est conditionnée par les collectifs dans laquelle elle s’insère : « un usage de soi par et pour les autres »… Hum ! « Par et pour les autres » vous dites… Oui mais… Avec le délitement conséquent du collectif aujourd’hui, ma question est : où sont les femmes, les autres ? Ne perdons pas de vue que si nous existons au sein d’une activité de travail, c’est parce que nous déployons celle-ci en fonction de l’activité de ceux qui nous ont précédé et de ceux qui nous suivent (qui a conscience de cela ? Levez le doigt…) Cette dimension collective est fondamentale, même quand elle n’est pas visible.

Intervient alors le travail du sens… Vaste projet et vaste programme… Dans quel sens faut-il partir ? Où cours-je ? Dans quel état gère j’ère ?
Le sens se construit, il n’est pas donné d’avance (trop facile !). Il se construit à partir d’une culture, d’un ensemble de valeurs et de représentations. Il se construit en situation, dans une interaction et une relation. Nous sommes donc des bâtisseurs qui s’ignorent… Certes… Mais, le sens dépend des envies qu’il satisfait, des besoins qu’il comble, des projets qu’il sert, des obligations qu’il honore. Il va donc bien au-delà d’un simple concept architectural…

Ainsi, chacun cherche à allier nécessité et vertu, raison et sentiments, devoir(s) et envie. Le travail du sens participe à la fois des tactiques à court terme (pour ceux qui naviguent à vue !) et des stratégies de longue haleine (lorsqu’elles ont le mérite d’exister ! Bon… Je vous l’accorde, je me moque un peu beaucoup !), du principe de plaisir et du principe de réalité. Que de paramètres qui entrent en jeu ! Alors, faut-il penser (panser) le travail ? Et comment ? Penser, c’est avoir la réflexion analytique de son activité… Panser, c’est qu’il est déjà trop tard et que nous sommes engagés dans l’action thérapeutique de réparation…

Dire que le sens se construit n’est pas dire seulement que c’est une affaire de représentations, une affaire subjective. Le « toucher » n’est-il pas un sens ? Quand alors le sens devient-il palpable ? Et au fond, est-il vraiment palpable ? C’est dire aussi que cette construction est une activité mentale complexe, réflexive (pour celles et ceux qui s’y penchent !), dans laquelle l’acteur investit une part de sa liberté et de sa distance au monde : je sais que j’ai besoin de sens et je prends parfois la mesure de mes efforts, plus ou moins dérisoires, pour le maintenir ou l’inventer, le créer, le porter contre vents et marées... surtout « contre vents et marées »…

Le sens est-il culturel alors ? Très certainement oui, car nul n’est jamais seul dans la construction du sens, il se construit au cœur d’interactions diverses et variées…

Des bâtisseurs oui… Des destructeurs aussi trop souvent… Et lorsqu’on détruit… Il faut recommencer, rebâtir, reconstruire, et investir de l’énergie à redonner du sens… Travailler donc à la reconstruction d’un contenu du travail, qui restituerait aux salariés leur «pouvoir d’agir ensemble», indispensable à la (re)construction de leur santé (et évidemment à celle de l’entreprise !), à l’accomplissement de soi, mais aussi AVEC et POUR les autres… Dans ce cadre, le télétravail serait-il un "palliatif", une "alternative" vers une meilleure santé au travail ?

Si ce sens se construit, au moins provisoirement et partiellement (quel travail !), l’apprentissage devient alors possible ; sinon, on perpétue à l’infini la comedia dell’arte comédie du savoir !

I have a dream… Yes we can... Le 20 Janvier 2009

A consulter : France 2025, le défi de l’accomplissement personnel au travail – Source Centre d’analyse stratégique Réseau ANACT
Pour éclairer le débat du mois : Le plan France Numérique 2012 veut encourager le télétravail, source ANACT - Octobre 2008
A relire : De la question du sens et des valeurs du travail Sylviane LAURO - 12 novembre 2007