Le harcèlement moral : en parler c'est déjà prévenir...
Par Sylviane LAURO le mercredi 22 juin 2011, - Risques psychosociaux - Lien permanent
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"Harcèlement"... Le mot fait peur... La sémantique est loin d'être claire pour tous les acteurs au coeur de la société et de la prévention... Même si clairement définie par le code du travail : "Aucun salarié ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel", introduit par la loi n° 2002-73 du 17 janvier 2002 de modernisation sociale ; le terme est peu souvent évoqué, sauf sous couvert d'une connotation purement juridique. Un terme qui est d'ailleurs largement redéfini par les jurisprudences récentes telles que celle énonçant que les faits de harcèlement peuvent se dérouler sur une brève période. Cette circonstance ne peut justifier que la personne qui en a été victime ne puisse obtenir à ce titre des dommages-intérêts (Chambre sociale 26 mai 2010, pourvoi n°08-43152 BICC n°729 du 15 octobre 2010 et Legifrance). L'employeur ayant aujourd'hui obligation de résultats.
Ainsi un salarié victime voit ses droits atteints, sa dignité mise à mal, son intégrité passée à la moulinette, sa santé physique et/ou mentale altérée, ses conditions de travail dégradées, son avenir professionnel fortement compromis voire anéanti ; et au final, un salarié mis au banc de son environnement de travail voire de la société dans son ensemble parfois. Pourtant, la société dans son ensemble a toujours du mal à qualifier une situation de "harcèlement moral"... Entre tabou, déni et réalité ? Eclairages....
Le harcèlement moral.... Il y a encore quelques années, à l'aube de la création de ce blog, et malgré les différents précurseurs alertant les pouvoirs publics et les citoyens sur les possibles ravages que cela pouvaient engendrer (je pense notamment à Hirigoyen, Peze, Dejours, Davezies et bien d'autres), la sémantique ne semble pas toujours claire pour les managers comme pour les salariés ; mais aussi et surtout, pour les préventeurs.
J'ai eu aussi beaucoup de mal avec les diverses définitions, quand tous les niveaux sont atteints : dignité, intégrité, altération de la santé etc... et que l'on refuse d'en parler, de ne pas même prononcer le terme, cela pose questions. J'ai donc tenté de mettre en mots ma propre définition ; après de longues cogitations, il en est ressorti ceci : "Le harcèlement moral est une effraction psychique d’une rare violence, un véritable meurtre psychique presque parfait, un terrorisme relationnel, une torture morale où l’omnipotence et l’impunité de l’agresseur, cautionnée par le groupe, va lui permettre la destruction de l’autre. Il vise à isoler la personne et à la priver de son appartenance identitaire à sa profession, et au-delà, de la priver de sa dignité et de son intégrité"... Une tentative de définition, non exhaustive à mon sens, car non caractéristique de la réalité de ce type de situation.
Mais peut-on mettre en mots ce type de destruction ? Peut-on en témoigner alors que le mot est à peine prononçable ? Peut-on donc alors le prévenir ? Libérer la parole sur le sujet sera, à mon sens, le travail le plus long et le plus difficile, dans une société où le "chacun pour soi" gagne sans cesse du terrain et où il est plus facile de ne voir et de ne cautionner que la raison de celui que l'on croit le plus fort... Est-ce la notion "psychologique" qui effraie ? Est-ce la terreur que cela engendre chez les témoins ?
Une chose est sûre : plutôt que de se cacher derrière des soucis théoriques de sémantique, une réflexion d'envergure est à mener sur ce sujet qui détruit chaque jour des milliers de salariés ; et remettre ainsi en cause ensemble les idées fausses ou non dites, informer chaque salarié, chaque citoyen sur le caractère nocif du harcèlement moral, quelle qu'en soit sa sémantique ou définition, que chacun prenne conscience de ses responsabilités, que l'on rappelle les règles éthiques qui doivent nous régir au sein de nos collectifs de travail et non que l'on banalise, que l'on n'en parle pas, que l'on stigmatise et que l'on porte des jugements de valeur inadéquats, que l'on cautionne les harceleurs en leur offrant des postes pour les récompenser du "sale boulot" accompli, ou pire que l'on étouffe les affaires afin d'éviter le scandale.
Il s'agira là de dépasser nos certitudes, de cultiver nos doutes mais aussi nos espoirs et d'accéder à une remise en question profonde de la société dans son ensemble afin que la victime qui a conservé en elle ses valeurs et sa saine attitude puisse entrer en résilience et pour les autres, d'éviter d'être victimes. Car, comme l'explique A. BILHERAN "dans ces organisations à souffrance pathologique, les personnes harcelées qui parlent sont alors vécues et considérées comme indésirables par les autres à qui elles renvoient leur propre souffrance".
En parler, c'est déjà prévenir...
S. LAURO - 22 juin 2011
Ce billet a été classé deuxième dans la catégorie "Meilleur billet 2011" au concours Régionjob 2011.


