Harcèlement moral au travail : le point sur les savoirs
Par Sylviane LAURO le mardi 15 juin 2010, - Risques psychosociaux - Lien permanent
Photo : S. LAURO
Les risques psychosociaux : tout le monde sait (ou presque !) de quoi il retourne aujourd'hui ! Les grandes entreprises en proie avec ses phénomènes et ayant fait la une des tabloïds savent également ce qu'il en est. Nous sommes passés aujourd'hui à un remaniement des savoirs sur le sujet : du binome "pervers-victime" à des situations de travail pathogènes : stress, burn-out, dépressions, suicides etc...
Des vies brisées, broyées par le système sous forme de rouleau compresseur que rien n'arrête. Des milliers de salariés en souffrance, des décès, des familles en procès, des enfants qui grandissent avec une image du travail bien déformée, alors que ce dernier était encore, il y a quelques années une image valorisante pour la fratrie.
Nombres de conférences, de travaux, de livres, d'analyses psychothérapeutiques se sont penchées, avec une attention toute bienveillante, sur le berceau du risque psychosocial dans son ensemble... Mais qu'en est-il aujourd'hui ?
Les organisations sont-elles "guéries" ? Tous les spécialistes oeuvrent ensemble dans ce sens. Toutefois, nous avons tendance aujourd'hui à noyer le poisson autour, et uniquement autour, des organisations de travail non appropriées : objectifs inatteignables, surcharge de travail etc... Oubliant que ce qui fait sens c'est aussi l'homme qui fait. Non seulement celui qui dirige, mais celui aussi qui exécute.
Les situations maltraitantes fleurissent comme les coquelicots au printemps, mais loin d'être éphémères, ces dernières s'installent de manière pérennes au sein des organisations. Il suffit parfois de bien peu de choses. Insignifiante pour celles et ceux qui ne voient rien. Certains managers se retranchant derrière ce type de phrase : "le harcèlement ça n'existe pas ici". Nous avons ainsi tendance à oublier l'individu qui se cache derrière le processus harceleur. Si le binôme pervers-victime semble dépassé pour les spécialistes, il reste toutefois encore trop souvent une réalité de terrain qui s'inscrit sur une permissivité sociale et/ou managériale prête pour cela à passer outre ses valeurs éthiques et morales. Le harcèlement groupal prend alors toute sa dimension car ce sont bien les membres du groupe qui laissent faire sans intervenir. Chacun ayant le choix de son positionnement et de ses actions. L'illusion de la neutralité n'a pas lieu d'être, le meurtre psychique est alors en marche avec la bénédiction de tous.
Il convient ainsi de nous rafraîchir la mémoire sur la fabrique de ces harceleurs, quasi-systématiquement cautionné par le groupe dans lequel ils harcèlent. Il vise à traumatiser la personne qui est devenue son "bouc émissaire", à l'isoler de tout et de tous, à la disqualifier, à la manipuler, à la soumettre, à la priver de tout ce qui fait le sens dans son travail, à savoir son identité professionnelle. et finalement à la détruire. Une personne jugée coupable de tout, nuisible pour tous, déshumanisée, donc morte.
Il existe des victimes qui réagissent, ce sont alors elles qui paraissent agressives et l'agresseur se pose en victime. Cette violence "agie" constitue pour les victimes une agression à perpétuité : en surface, la mer est calme, les instruments de bord ne repèrent rien d'inquiétant pourtant le cataclysme qui se prépare peut faire imploser des familles, des amis, des couples, des institutions, des individus laissant des traces pérennes et traumatisantes.
Certes, il faut changer les organisations du travail et travailler sur le collectif, mais il est surtout nécessaire pour les victimes de harcèlement moral de comprendre le harcèlement et surtout d'admettre leur impuissance face à ce type de personnalité maltraitante. Car l'imagination humaine est sans limite quand il s'agit de tuer chez l'autre ce que l'on n'a pas chez soi...
Le 15 juin 2010




Commentaires
« La présence de harcèlement indique des choses sur le système complexe de l’organisation. En effet, dans des organisations où l’angoisse est forte, des stratégies défensives se mettent en place. Ce peut être par exemple un mode relationnel pervers, que ce soit dans le management, les relations interservices, ou entre salariés. Dès lors, s’instaurent des modes de terreur et de contrôle, qui sont aux antipodes de l’esprit d’entreprendre. Ces modes peuvent générer massivement, au niveau du travail, des conduites de sabordage et, au niveau psychologique, du stress, de l’angoisse, des problèmes psychosomatiques, des conduites suicidaires etc.… »
Concernant les modes de contrôle dans mon domaine il s’agit par exemple du temps de travail ainsi que du temps de travail supplémentaire.
Celui-ci par contrat tacite oral n‘est pas rémunéré en règle générale mais doit être récupéré c’est annoncé dès le recrutement. Cela n’excuse pas pour autant le manquement mais les dirigeants semble s’en satisfaire et les contrôleurs aussi : puisque les salariés auraient pu refuser les conditions dès le départ. Pourtant les difficultés du marché de l’emploi poussent les futurs embauchés à accepter de réduire leur droit et démarrent dès le début de leur contrat en victimes conscientes ou non. Comment peut-on parler de consentement quant il s’agit de moindre mal ou de faute de mieux. Comment le consentement peut il être résumé au non dire ou à l’acceptation du contrat. (cf. l’article sur le blog. C’est une préférence au vu des critères de choix qui sont travail ou chômage. Mais le consentement est feint. Il est subi et n’est pas réel. Cela ne sert à rien de répéter aux gens qu’ils ont un contrat qu’ils sont au travail et donc qu’ils veulent travailler parce qu’il faut travailler. Dans ce cas de figure il n’y a pas réel consentement comme dans le texte sur le harcèlement moral comparé sur le blog aux violences physiques et psychiques de la torture. Le refus se manifeste ne serait ce que par le désir d’améliorer sa situation de travail ainsi que par le savoir de ce qui doit être et n’est pas. Lorsque celui qui n’est pas en règle et impose sa vision du contrat il ne prend pas la place de son contractant, il ne pense pas à la place de sa victime. Il viole et il s’en fout ou fait des promesses qui reportent la solution toujours plus tard, plus loin dans la négociation, la lutte sociale, la demande etc.
Malheureusement les personnes les plus productives en termes d’heures supplémentaires sont celles qui n’ont pas le temps de récupérer ou qui ne le prenne pas (peur ou problème d’organisation ou de surcharge continue).
Parfois ces personnes sont poussées à prendre des congés et même en prenant une semaine ou deux de congés par mois elles font à peine baisser le nombre d’heures car elles concentrent leur effort sur les autres semaines travaillées.
Le système est multi perverse :
Ils ont accepté à l’embauche de récupérer les heures ou bien d’en obtenir le paiement non majoré pour certaines.
Ils remplissent des feuilles hebdomadaires de temps passé par affaire.
C’est le secrétaire (moi en l’occurrence) qui doit saisir les heures par salarié sur un tableau Excel. Celui-ci est accessible à tous sur le serveur intranet. Comme le stress est présent partout et pour tous. Il arrive qu’il y ait des erreurs : de saisie, de formatage de cellule.
D’où un mode de contrôle pervers et agressif pour le salarié qui compte ses heures et qui se sent volé et pour celui qui se voit reprocher l’erreur dans l’exécution de sa tâche.
Le problème est alors reporté au niveau des exécutants : elle fait mal son travail ou elle s’énerve pour rien elle n’a qu’à corriger l’erreur qu’elle a repérée.
Cela semble anodin mais cela reflète tout un système de management qui dès le recrutement se déclare impuissant à respecter les droits fondamentaux au travail et qui reporte la culpabilité sur les petites mains. « On ne peut pas »
L’autre discours que j’ai entendu a été on ne peut pas payer les cotisations annuelles à la taxe d’apprentissage et à la formation continue. Mais si on nous le demande on les paye. Depuis plus de quatre ans le cabinet d’expertise comptable provisionne et dit qu’il faut payer. L’entreprise ne paye pas. Nouveau retournement du problème les salariés parlent formation professionnelle et désir de formation. Qui semble être au centre du manquement moi qui n’ai pas la possibilité toutefois de faire et de signer les chèques. Au moment de la DADS j’ai essayé de déclarer par internet le montant de la base de calcul de cette taxe. La direction m’a dit que ce n’est pas cela qu’on fait car elle a tenue à vérifier ce que j’avais mis en ligne.
De même pour la médecine du travail la réponse lors de ma demande concernant ce droit non appliqué au sein de l’entreprise a été « Pourquoi tu veux aller chez le médecin ? »
Suite à un accroissement du montant des heures supplémentaires et en réponse à une demande groupée des salariés quant à leur rémunération, la direction a choisi de payer à certains 10 heures de travail en plus pendant 3 mois comme heures complémentaires alors que leur temps est déjà de 152 heures par mois. Cette même direction se réfugie derrière le fait que dans ce type d’activité la durée du travail n’est pas la même qu’ailleurs ce qui n’a pas été prouvé. J’ai proposé un projet de fiche de paye avec l’application de loi sur l’exonération des charges sur les heures supplémentaires étant donné qu’un dirigeant m’avait dit ne pas vouloir payer trop de charges. A la présentation du bulletin la réponse a été « c’est débile ce que tu dis si on paye plus de salaire on paye plus de charges » et d’alors montrer à un autre salarié non compétent dans ce domaine qu’il y a des erreurs.
Finalement la solution retenue sur ma proposition a été de payer une prime de productivité équivalente à 10 heures au taux non majoré.
Ceci se passe dans une entreprise de 11 personnes. Juste pour signaler que le stress et le harcèlement n’est pas réservé aux grandes entreprises.
Des douleurs cervicales sont apparues suite à ces diverses agressions et j’ai ensuite eu pour nouvelle tâche en plus de mes travaux habituels : passer de la lazure sur les meubles nouvellement installer, sortir les poubelles car la femme de ménage passe le soir et que les poubelles passent le matin.
Des lettres de menace de licenciement contenant des reproches quant à la qualité de mon travail se sont succédées jusqu’à mon licenciement un an après. Un interlocuteur de l’inspection du travail m’a confirmé que les reproches fait à mon travail sont en fait des reproches qui devraient être fait aux dirigeants eux-mêmes : signer des documents sans les vérifier ou bien donner de mauvaises informations. Le tout dans une ambiance de stress et de course contre le temps permanent. Il faut toujours que cela parte le soir même et finalement ce ‘est pas assez parfait pour que cela parte ou alors cela part et si c’est faux c’est de la faute aux autres.
Je ne suis pas venue dans cette entreprise pour y faire une enquête psychosociologique. Je ne vois pas pourquoi on retournerait la situation contre moi en faisant croire que c’est parce que je ne suis pas à ma place où que je ne sais pas réagir face à ce type de situation. Je ne crois réellement non plus que la concentration du stress en son sein soit le but ultime et la finalité de tout travail de secrétariat. Chaque travailleur peut être soumis au stress mais je crois que dans cette entreprise en particulier comme dans beaucoup d’autres étant donné que la secrétaire est la seule à ne pas être formée dans le même moule scolaire ou universitaire il est facile de la rabaisser (ceci allant du salaire le plus faible de l’entreprise au reste)
J’ai remarqué plusieurs réaction à la perfidie des relations de travail qui ont été installées et surement bien avant mon arrivée.
Certains sont sans arrêts agressifs et méprisants surtout concernant les gens avec qui ils travaillent
D’autres sont sans arrêts énervés et passent leurs temps à parler bruyamment au téléphone et à marcher dans tous les sens. Ils viennent jusqu’à ce mettre dans mon bureau pour passer leurs conversations téléphoniques depuis un poste volant.
D’autres prennent toujours un ton très autoritaire voir agressif quand ils s’adressent à moi pour me demander quelque chose.
D’autres sont complètement régressifs comme s’ils avaient besoin qu’on les materne « tu peux m’amener ci, tu peux me faire ça, regarde ça marche pas la photocopieuse là) cela peut être fait sur un ton parfois très colérique.
Qu’on ne me dise pas que j’étais en voyage d’études et que tout cela c’était pour que j’en parle. J’y ai travaillé pendant plus de deux ans je ne pense pas que les gens faisaient cela dans le but de participer aux études sur le harcèlement moral.
D’autres encore parlent pour dire l’inverse de ce qu’ils disent ce qui fait que l’on ne les comprend pas. Exemple type : je ne réponds pas à cette consultation. Puis il me fait passer du temps sur la rédaction de la réponse. Ou alors des remarques toujours désobligeantes sur les collaborateurs de ces partenaires (surtout des femmes et des emplois d’assistants). Passons sur les remarques comparatives entre sa femme et moi dans la même situation de travail ce qui fait que même dans la souffrance ou la difficulté je n’avais pas ma place réelle mais j’étais comparée à sa femme : sa façon de travailler sur tableur, ses douleur dans le cou, ses problèmes de garde d’enfant etc.
Au début de mon contrat une salariée m’a racontée avoir entendu la précédente secrétaire se faire insulter et pleurer souvent. Elle m’a dit qu’elle ne comprenait pas comment je pouvais travailler autant. Après cela a été au tour d’un nouvel embauché de me dire ils sont durs avec toi ?
La machine se mettait lentement en place.