Les organisations sont-elles "guéries" ? Tous les spécialistes oeuvrent ensemble dans ce sens. Toutefois, nous avons tendance aujourd'hui à noyer le poisson autour, et uniquement autour, des organisations de travail non appropriées : objectifs inatteignables, surcharge de travail etc... Oubliant que ce qui fait sens c'est aussi l'homme qui fait. Non seulement celui qui dirige, mais celui aussi qui exécute.

Les situations maltraitantes fleurissent comme les coquelicots au printemps, mais loin d'être éphémères, ces dernières s'installent de manière pérennes au sein des organisations. Il suffit parfois de bien peu de choses. Insignifiante pour celles et ceux qui ne voient rien. Certains managers se retranchant derrière ce type de phrase : "le harcèlement ça n'existe pas ici". Nous avons ainsi tendance à oublier l'individu qui se cache derrière le processus harceleur. Si le binôme pervers-victime semble dépassé pour les spécialistes, il reste toutefois encore trop souvent une réalité de terrain qui s'inscrit sur une permissivité sociale et/ou managériale prête pour cela à passer outre ses valeurs éthiques et morales. Le harcèlement groupal prend alors toute sa dimension car ce sont bien les membres du groupe qui laissent faire sans intervenir. Chacun ayant le choix de son positionnement et de ses actions. L'illusion de la neutralité n'a pas lieu d'être, le meurtre psychique est alors en marche avec la bénédiction de tous.

Il convient ainsi de nous rafraîchir la mémoire sur la fabrique de ces harceleurs, quasi-systématiquement cautionné par le groupe dans lequel ils harcèlent. Il vise à traumatiser la personne qui est devenue son "bouc émissaire", à l'isoler de tout et de tous, à la disqualifier, à la manipuler, à la soumettre, à la priver de tout ce qui fait le sens dans son travail, à savoir son identité professionnelle. et finalement à la détruire. Une personne jugée coupable de tout, nuisible pour tous, déshumanisée, donc morte.

Il existe des victimes qui réagissent, ce sont alors elles qui paraissent agressives et l'agresseur se pose en victime. Cette violence "agie" constitue pour les victimes une agression à perpétuité : en surface, la mer est calme, les instruments de bord ne repèrent rien d'inquiétant pourtant le cataclysme qui se prépare peut faire imploser des familles, des amis, des couples, des institutions, des individus laissant des traces pérennes et traumatisantes.

Certes, il faut changer les organisations du travail et travailler sur le collectif, mais il est surtout nécessaire pour les victimes de harcèlement moral de comprendre le harcèlement et surtout d'admettre leur impuissance face à ce type de personnalité maltraitante. Car l'imagination humaine est sans limite quand il s'agit de tuer chez l'autre ce que l'on n'a pas chez soi...

Le 15 juin 2010