Focus sur... Approches croisées : harcèlement, système et organisation
Par Sylviane LAURO le samedi 3 janvier 2009, - Focus sur... - Lien permanent
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FOCUS SUR… sera l’intitulé d’une nouvelle rubrique sur ce blog… Rubrique avant tout à votre service, car vous êtes nombreuses et nombreux à prendre contact en raison de cas de harcèlement moral au travail, de suicide etc… Ces situations, ces vécus sont particuliers et propres à chaque individu et je ne peux malheureusement répondre de manière individualisée à chacun et chacune…
Ce mois-ci, j'ai choisi de vous présenter une rubrique sur les approches croisées concernant le harcèlement, le système et l'organisation...
Ni oublier, ni utiliser, mais simplement comprendre, voilà l’objectif principal de ces quelques articles que vous retrouverez régulièrement sur ce blog… Puissent-ils vous être utiles à avancer dans le bon sens…
Bien à vous tous
Voici l'article rédigé par Ariane BILHERAN :
"Partie 1 : Définition, agissements et processus
Harcèlement… 4 syllabes qui réveillent chez des millions de travailleurs un émoi, voire une terreur… Un mot qui peut tuer, et qui engendre des souffrances atroces chez les individus mais aussi sur leur entourage professionnel et familial… Un phénomène qui s’explique principalement aujourd’hui par le délitement du lien social et l’instauration de structure sociale de type pervers… Il sera question à travers cette rubrique de dépasser le conflit purement interindividuel et de montrer comment le harcèlement est toujours le symptôme du dérèglement d’une organisation donnée.
Revenons en premier lieu sur le harcèlement ? Qu’est-ce que c’est ? Quels en sont les processus ?
« Il vise la destruction progressive d’un individu ou d’un groupe par un autre individu ou groupe, au moyen de pressions réitérées destinées à obtenir de force de l’individu quelque chose contre son gré, et, ce faisant, à susciter et entretenir chez l’individu un état de terreur ».
Ainsi, le harcèlement est souvent considéré comme le fait d’agissements nuisibles de la part d’un harceleur sur un harcelé. On pourrait donc penser que des agissements précis permettraient de déterminer plus facilement s’il s’agit d’un harcèlement moral, mais la réalité du harcèlement s’inscrit dans l’insidieux, le non-factuel, le non-dit. Les non-agissements sont donc tout aussi importants : ignorer la personne harcelée, ne plus lui donner de travail, ne plus l’inviter aux réunions, ne plus lui donner accès aux informations, ne plus la mettre en copie des mails…
Le processus harceleur vise la destruction psychique de la personne harcelée. La destruction est atteinte quand la personne se laisse détruire, voire finit par corroborer cette destruction (idées suicidaires…), ce qui ne manque pas d’arriver, en fonction de l’intensité de la violence et de la durée du harcèlement.
Si vous avez lu Hirigoyen **, vous n’êtes sans doute pas sans savoir que le processus malveillant s’alimente des réactions de la personne harcelée. Car le harceleur sait souvent bien identifier les fragilités de l’autre (et nous en avons toutes et tous !) pour conduire sa victime à l’autodestruction, jusqu’à ce qu’elle « craque ». Ainsi, quelle que soit la réaction de la victime, cela va se retourner contre elle : si elle se met en colère, on dira « qu’elle a pété un câble », si elle pleure « qu’elle est hystérique » etc…
Mais il s’agit de dépasser ce contexte « bourreau-victime » et de ne pas oublier la dimension intrinsèquement collective. Le harcèlement moral implique en effet toujours un groupe, qu’il soit témoin passif, complice ou « résistant ». La dimension sociale du harcèlement moral est incontournable pour comprendre la spécificité du phénomène. En effet, les réaction du groupe ont le pouvoir de condamner socialement la victime, ou de la réhabiliter, avec pour spécificité qu’un silence condamne dans la mesure où la victime vivra comme une blessure très profonde ce que l’on pourrait qualifier de non-assistance à personne en danger.***
Il est en effet illusoire de penser que, dans un groupe, où sévit du harcèlement, l’on puisse être neutre. Soit on est pour l’autonomie, soit on est pour l’asservissement.
La nature du groupe en question permet l’existence de ce harcèlement. Si le harcèlement a lieu, c’est en effet que le groupe l’a laissé se mettre en place au sein d’un environnement corrompu : soit d’autres personnes ont intérêt à supprimer la victime, soit elles sont particulièrement laxistes, soit le harceleur s’octroie les faveurs des uns et des autres avec des largesses… Mais de la même façon, les membres du groupe subissent tous l’existence de ce harcèlement qu’ils ont laissé s’instaurer. Les personnes passives peuvent elles-mêmes développer des symptômes propres à la victime, comme des angoisses, des insomnies… Quant aux personnes complices, elles le sont de manière intentionnelle ou font l’objet de la manipulation du harceleur."
(1) Source Les cahiers des fps - Août 2008
(2) HIRIGOYEN M.F « Le harcèlement moral »
(3) BILHERAN A. « Le harcèlement moral »
Article rédigé par : BILHERAN Ariane, « Harcèlement, système, organisation », Les Cahiers des Facteurs Psychosociaux, Catéis, août 2008
En remerciant vivement pour leur aimable accord pour cette publication Mme BILHERAN ainsi que M. MARTINI de Cateis (cahier FPS)
A suivre en partie 2 : les logiques d'aliénation du groupe
Site dédié au harcèlement moral, comment l'identifier, le prévenir etc : cliquez ici






Commentaires
Merci pour ce billet Sylve.
Je pensais à toi justement et je te souhaite tous mes voeux de bonheur pour cette nouvelle Année !
Bienvenue à cette rubrique très intéressante !! Très intéressante aussi ton explication de la dimension collective. Je me suis toujours insurgée contre tous ces gens qui témoignent après. Qui savaient, qui voyaient mais qui se taisent jusqu'au jour où... c'est trop tard. Je regarde tjrs l'autre comme un miroir, je ne suis pas à l'abri de ce qui lui arrive, alors quand je lis... intérêts, faveurs, complicité... brrrrrr
Merci pour cette générosité Sylve. j'attends la suite avec impatience.
@ Carole : merci de ton passage par ici, et à nouveau tous mes voeux également !
@ Nath : merci de t'intéresser de près à ces articles, demain cela peut être n'importe lequel d'entre nous...
A très vite pour la suite.
On apprend encore pleins de choses chez toi.
Merci et que cette année te remplisses d'idées de billets comme celui-ci.
Excellent billet Sylve. Je me souviens de l'incrédulité et des moqueries qui m'ont été réservées quand j'avais dénoncé le harcèlement moral d'un collègue de travail il y a quelques années de cela. La définition même de cette relation pervertie est dure à cerner d'abord puis à communiquer ensuite. Des blogs comme le tien peuvent faire avancer le schmilblik. Merci et excellente année 2009 à toi.
@ Pauline,
Merci de ta visite par ici, je te souhaite également une excellente année et plein de bonnes choses !
@ Dom,
Quel plaisir de te retrouver ici ! Oui effectivement je reste convaincue que la communication et la sensibilisation peuvent faire avancer les choses autour de ce sujet encore trop "tabou", plein de jugements faussés et de préjugés, et sortir du silence les personnes qui sont en souffrance...
Si cela peut aider ne serait-ce qu'une personne alors ce blog aura atteint son objectif...
Plein de bonnes choses à toi et merci de ce que tu es : l'un des rares à avoir le courage de ne pas avoir détourné le regard...
Bien à toi
Sylve