Voici l'article rédigé par Ariane BILHERAN :
"Une entreprise est une organisation complexe qui fait système : c’est un système relationnel, une sorte de psychisme à elle toute seule. Par exemple, dans un service, si une personne part, le service est déséquilibré, non pas seulement dans la charge de travail, mais également dans sa dimension relationnelle. Cela impacte l’organisation toute entière, par phénomène de ricochet.

La présence de harcèlement indique des choses sur le système complexe de l’organisation. En effet, dans des organisations où l’angoisse est forte, des stratégies défensives se mettent en place. Ce peut être par exemple un mode relationnel pervers, que ce soit dans le management, les relations interservices, ou entre salariés. Dès lors, s’instaurent des modes de terreur et de contrôle, qui sont aux antipodes de l’esprit d’entreprendre. Ces modes peuvent générer massivement, au niveau du travail, des conduites de sabordage et, au niveau psychologique, du stress, de l’angoisse, des problèmes psychosomatiques, des conduites suicidaires etc…

A l’heure actuelle, les troubles psychosociaux viennent exprimer non seulement ce malaise organisationnel, mais également la déficience des solidarités collectives en contre-pouvoir de ce malaise, où la passivité souffrante de l’individu aurait pu se transformer en revendications collectives.

Mais aujourd’hui, l’idéologie dominante est celle de la « performance », cela permet à l’entreprise de légitimer un management à l’affectif en réponse à une défense de l’organisation contre sa propre angoisse : angoisse de survie économique dans un marché concurrentiel, au cÅ“ur des plans sociaux de licenciement etc… Bref, une angoisse de mort.

Dans ce contexte sociétal nourri d’angoisses d’avenir, il est très difficile à l’autorité de trouver une place. Alors que c’est elle qui devrait permettre le « Ã  chacun sa place ». Dans l’organisation, elle est fondamentale, et elle doit être incarnée par le management des cadres. Incarnée, cela veut dire portée par des individus, qui ne soient pas seulement des fonctions. Or, dans l’hypermobilité actuelle, chacun devient remplaçable dans sa fonction, interchangeable, corvéable, malléable. La responsabilité (au sens savoir répondre de ses actes) est noyée dans un collectif qui n’est plus identifié et chacun se retrouve lui-même victime du système dans lequel il se trouve projeté."

Source Les cahiers des fps - Août 2008

Source Les cahiers des fps - Août 2008
Article rédigé par : BILHERAN Ariane, « Harcèlement, système, organisation », Les Cahiers des Facteurs Psychosociaux, Catéis, août 2008

En remerciant vivement pour leur aimable accord pour cette publication Mme BILHERAN ainsi que M. MARTINI de Cateis (cahier FPS)

A suivre : Harcèlement et organisation