Voici l'article rédigé par Ariane BILHERAN :
"Il existe en effet des logiques psychologiques d’aliénation d’un groupe. Elles sont essentiellement au nombre de quatre et sont souvent entremêlées : la terreur, la culpabilité commune, la corruption et la manipulation.

1) La terreur
C’est l’une des techniques les plus efficaces. Par souci de tranquillité, et de non-exposition au danger, le silence est requis, car toute confrontation serait une exposition à des représailles. Cette terreur est celle que l’on retrouve dans les régimes totalitaires.
Dès que quelqu’un est accusé, ses anciens amis se transforment immédiatement en ses ennemis les plus acharnés ; afin de sauver leur propre existence, ils se font mouchards et se hâtent de corroborer par leurs dénonciations les preuves qui n’existent pas contre lui ; tel est évidemment leur seul moyen de prouver qu’ils sont dignes de confiance. Cette survie dans l’organisation peut même se solder de fausses attestations contre la personne harcelée (et souvent accusée !), voire même des pétitions ou des actes d’accusation collective en présence des harceleurs.

2) La culpabilité commune
Ce système d’aliénation permet d’obtenir le silence de ceux qui se sentent coupables pour une faute commune antérieure. Il peut s’agir d’une malversation financière, d’une fausse attestation collective faite sous le coup de la peur contre un autre salarié…

3) La corruption
Elle sollicite les intérêts personnels et l’appât du gain de chacun dans l’entreprise (une promotion, une augmentation…). Avant même que les individus n’aient pu prendre conscience de l’existence du harcèlement moral dans cet environnement, le harceleur les entraîne dans des corruptions diverses, afin d’acheter leur silence ultérieur. Ainsi, il peut arriver à un harceleur de proposer des petits avantages en nature, des facilités et des arrangements plus ou moins illégaux pour impliquer des éventuels témoins dans son système corrompu, au point d’en faire les bastions du système.
Car si le système s’écroulait, l’on découvrirait alors les corruptions des uns et des autres et leurs petites interprétations très personnelles du droit. Ces corruptions sont le meilleur rempart que le harceleur puisse ériger autour de son harcèlement.
C’est le principe du service rendu, du « geste Â» ou du « pot de vin Â» qui, tout en entraînant dans la corruption, rend débiteur. Il peut s’agir d’une promesse sur un poste, une promotion, une augmentation, une reconnaissance, si la personne reste silencieuse sur tel ou tel fait, ou si elle s’engage à être active dans le processus du harceleur.

4) La manipulation
Il existe plusieurs types de manipulations : par chantage affectif, par victimisation, par culpabilisation, séduction ou division pour mieux régner.
- La manipulation par victimisation consiste, pour le harceleur à se présenter en victime du harcelé et ainsi à susciter la compassion de l’entourage. Ce faisant, le harceleur interprète les faits et en omet d’autres, de façon à présenter un tableau qui va dans le sens de cette victimisation.
- La manipulation par culpabilisation et chantage affectif consiste à rendre les membres du groupe débiteurs et à jouer sur leurs affects de culpabilité.
- La manipulation par séduction consiste à flatter pour obtenir gain de cause,
- La manipulation du « diviser pour mieux régner Â» consiste à monter les individus les uns contre les autres, à l’aide de rumeurs, de sous-entendus malveillants, de façon à ce que ces personnes évitent à tout prix d’aller parler à celle dont le harceleur a dit qu’il fallait se méfier."

Source Les cahiers des fps - Août 2008
Article rédigé par : BILHERAN Ariane, « Harcèlement, système, organisation », Les Cahiers des Facteurs Psychosociaux, Catéis, août 2008

En remerciant vivement pour leur aimable accord pour cette publication Mme BILHERAN ainsi que M. MARTINI de Cateis (cahier FPS)

A suivre : Angoisse et organisation au cÅ“ur de la « pensée système »