A la recherche du temps perdu...
Par sylve isis le dimanche 23 novembre 2008, - Conditions de travail - Lien permanent
Photo : sablier
... non je ne viens pas de relire mes classiques, c'est même plutôt loiiiiiiiiin... quoique je me pencherai à nouveau volontiers sur le dernier des sept tomes : le temps retrouvé...
Il s'agit en l'occurence de retrouver votre temps... en un mot de retrouver un équilibre entre vie professionnelle et vie privée... Au temps du "travailler plus pour gagner moins plus", contradiction, hérésie, vade retro satanas... Que nenni...
Peut-on encore se permettre aujourd'hui de prendre le temps d'avoir le temps ? De laisser le temps au temps ? De faire tant et tant en si peu de temps ? Temps pis ou temps dresse ? Mais où va-t-on ?
Passer sa vie au bureau à l'heure du télétravail (cf. l'excellent blog de BJC sur le sujet), est-ce pertinent ? La France productive passe-t-elle par un présentéisme* excessif ? En effet, les spécialistes en maladie mentale parlent de plus en plus du présentéisme comme d'une nouvelle réalité avec laquelle les organisations doivent composer.
Sans trop entrer dans le détail scientifique, le présentéisme se résume à une présence physique de l'employé, sans plus. Son esprit, ses pensées sont ailleurs. C'est le comportement typique d'employés qui, même malades, se rendent au boulot.
Plusieurs causes sont à l'origine du présentéisme : charge de travail excessive ou insuffisante, conflits, impossibilité de progression dans l'organisation et faible participation aux décisions sont autant de facteurs qui entraînent des malaises d'ordre psychologique ou y contribuent. De plus, les facteurs extérieurs au travail, à savoir la vie familiale ou une situation personnelle difficile, contribuent au présentéisme.
Selon une étude réalisée par la Harvard Medical School, on estime que le présentéisme coûte aux seules entreprises américaines 150 milliards de dollars par année, ce qui est bien plus que l'ensemble des coûts liés à l'absentéisme, aux frais médicaux directs et indirects et aux congés de maladie à court et à long terme (études en France ?).
Le présentéisme dans les entreprises est responsable des deux tiers des pertes de productivité constatées sur place, lesquelles pertes sont, en outre, sept fois plus grandes que celles causées par l'absentéisme.
David Bernard, psychologue du travail, explique dans un article récemment paru dans Jobetic que le présentéisme doit avant tout interroger sur nos pratiques et nos organisations de travail. Ainsi, il y a au moins trois explications possibles, lorsqu'une personne est incapable de quitter le bureau avant 20 heures ou plus chaque soir :
- soit celle-ci ne sait pas s’organiser,
- soit elle culpabilise de s’accorder du bon temps en dehors de sa vie professionnelle,
- soit cette personne n’est pas sure de sa place et a besoin de prouver sa légitimité au reste de l’équipe. (cf. l'intégralité de l'article : ne faites pas des heures pour faire des heures)...
... et de conclure, je cite : "Les heures ne sont pas une fin, elles ne sont qu’un moyen… alors, si vous êtes suffisamment calibré pour réaliser en 2 heures le job ce que d’autres mettent plus de 5 heures à abattre, ne rougissez pas et profitez du temps libre pour vous ressourcer et revenir au top !"
Le zèle au travail peut donc coûter plus cher que l'absentéisme, être au bureau ce n'est pas forcément être productif... Prendre le temps, c'est aussi prendre soin de soi et des autres... C'est aussi l'une des meilleures préventions des risques psychosociaux... Alors, laissez le temps au temps...
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Commentaires
Très beau billet!
je crois que c'est Claude Bébéar (AXA pour ceux qui ne connaissent pas) qui disait avoir appris à s'arrêter tous les jours à 18 ou 19H, je ne sais plus. Il estimait qu'il devait s'organiser pour que les choses soient faites dans ce temps donné.
Biz
... Oui Véro, je pense effectivement qu'à l'heure (!) du développement durable il en va de la pérennité de l'entreprise et donc... du salarié !
Bises à toi et bonne fin de soirée
Merci pour le lien et pour ce billet fort instructif comme toujours.
Je pense que les mentalités doivent changer de part et d'autre. Les employeurs (qui nous paient pour travailler et pas pour prendre du bon temps) entretiennent le présentéisme. Difficile de mettre en application les conseils de David Bernard dans de nombreuses entreprises ! Celui ou celle qui finira son travail avant les autres se verra confier une tâche supplémentaire, puis une autre... Tant que travail se quantifira en heure et non en résultat, on n'arrivera à rien.
En effet le télétravail est une manière différente de concevoir le travail, qui permet d'écouter son corps et son esprit et de suivre un rythme plus personnel. et qui apporte un épanouissement certain
je t'embrasse
... concevoir le travail autrement... tout réside en ces quelques mots... que de chemins à parcourir...
Merci de ton avis éclairé sur la question...
Je t'embrasse aussi...
Très instructif, je découvre le terme, présentéisme, et je le trouve très bien définit ici. Je crée un lien depuis mon blog
cordialement
Bravo pour ce billet très juste auquel j'adhère entièrement ...
Eh oui, malheureusement la culture du présentéisme en France a encore de beaux jours devant elle (au détriment des femmes d'ailleurs prioritairement) et la culture du résultat n'est pas encore très développée. Cependant on commence à entendre et à voir quelques chefs d'entreprises qui disent que c'est le résultat qui compte davantage que les heures passés au travail (exemple très récent avec l'interview parue ce matin de la créatrice d'Antik Batik dans Aujourdhui France, qui dit "privilégier la confiance avec ses salariés à la rigidité" . Surtout qu'avec les nouvelles technologies, il devient tout à fait possible de partir plus tôt et de finir son travail le soir, au calme.
Reconnaissons quand même que ceci n'est pas possible dans tous les métiers !
“Créer son propre emploi sera l’avenir. Chacun ne sera plus bientôt qu’employeur de lui même, consultant ou employé provisoire d’une entreprise. Le télétravail, si lent à se développer, en constituera une des dimensions essentielles”.
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