Passer sa vie au bureau à l'heure du télétravail (cf. l'excellent blog de BJC sur le sujet), est-ce pertinent ? La France productive passe-t-elle par un présentéisme* excessif ? En effet, les spécialistes en maladie mentale parlent de plus en plus du présentéisme comme d'une nouvelle réalité avec laquelle les organisations doivent composer.

Sans trop entrer dans le détail scientifique, le présentéisme se résume à une présence physique de l'employé, sans plus. Son esprit, ses pensées sont ailleurs. C'est le comportement typique d'employés qui, même malades, se rendent au boulot.

Plusieurs causes sont à l'origine du présentéisme : charge de travail excessive ou insuffisante, conflits, impossibilité de progression dans l'organisation et faible participation aux décisions sont autant de facteurs qui entraînent des malaises d'ordre psychologique ou y contribuent. De plus, les facteurs extérieurs au travail, à savoir la vie familiale ou une situation personnelle difficile, contribuent au présentéisme.

Selon une étude réalisée par la Harvard Medical School, on estime que le présentéisme coûte aux seules entreprises américaines 150 milliards de dollars par année, ce qui est bien plus que l'ensemble des coûts liés à l'absentéisme, aux frais médicaux directs et indirects et aux congés de maladie à court et à long terme (études en France ?).

Le présentéisme dans les entreprises est responsable des deux tiers des pertes de productivité constatées sur place, lesquelles pertes sont, en outre, sept fois plus grandes que celles causées par l'absentéisme.

David Bernard, psychologue du travail, explique dans un article récemment paru dans Jobetic que le présentéisme doit avant tout interroger sur nos pratiques et nos organisations de travail. Ainsi, il y a au moins trois explications possibles, lorsqu'une personne est incapable de quitter le bureau avant 20 heures ou plus chaque soir :

  • soit celle-ci ne sait pas s’organiser,
  • soit elle culpabilise de s’accorder du bon temps en dehors de sa vie professionnelle,
  • soit cette personne n’est pas sure de sa place et a besoin de prouver sa légitimité au reste de l’équipe. (cf. l'intégralité de l'article : ne faites pas des heures pour faire des heures)...

... et de conclure, je cite : "Les heures ne sont pas une fin, elles ne sont qu’un moyen… alors, si vous êtes suffisamment calibré pour réaliser en 2 heures le job ce que d’autres mettent plus de 5 heures à abattre, ne rougissez pas et profitez du temps libre pour vous ressourcer et revenir au top !"

Le zèle au travail peut donc coûter plus cher que l'absentéisme, être au bureau ce n'est pas forcément être productif... Prendre le temps, c'est aussi prendre soin de soi et des autres... C'est aussi l'une des meilleures préventions des risques psychosociaux... Alors, laissez le temps au temps...