Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés... Journal de la consultation Souffrance et Travail 1997-2008
Par sylve isis le lundi 25 août 2008, - Actu - Lien permanent
Photo : Pearson
... est le titre du dernier ouvrage de la psychanalyste Marie PEZE qui fut la première avec son équipe à ouvrir en 1997 à l'hôpital de Nanterre, la première consultation dédiée entièrement à la souffrance au travail.
Un ouvrage qui fait suite au documentaire du même nom, paru en 2006, qui témoignait dans l'intimité de quatre de ces consultations, et mettait des mots sur l'inimaginable de ces héros du quotidien qui apportaient, par leurs témoignages, la lumière d'une mise en mots (en maux !) sur une réalité invisible et silencieuse : la souffrance au travail.
Les "ressources humaines" sont bel et bien en réel danger et les cas de souffrance au travail sont exponentielles... Le journal rédigé par Marie Pezé ne se contente pas de relater des témoignages mais tente également d'y apporter des solutions... La meilleure "arme" étant celle du diagnostic et de la prévention à destination de toutes et tous, que vous soyez managers, médecins du travail, IPRP ou salariés...
Extrait :
Ce mardi d’août, une femme vient à la consultation de Marie Pezé. Elle a perdu ses cheveux, elle porte une perruque. Appelons-la Nathalie. Il y a quelques mois encore, Nathalie était responsable des caissières d’un hypermarché. Cas typique, explique Marie Pezé. Sa direction lui a demandé de harceler ses collègues, de fabriquer des fautes pour pouvoir les licencier. Elle a marché. Jusqu’à se faire harceler, puis être licenciée à son tour. Nathalie n’a pas encore retrouvé du travail. Elle souffre à chaque fois qu’elle entend à la radio le jingle publicitaire de l’enseigne pour laquelle elle a travaillé. «Il n’y a pas les méchants d’un côté, les bons de l’autre. Mais certaines organisations du travail s’appuient sur cette capacité que nous possédons tous de banaliser la cruauté que nous faisons subir aux autres, parce que nous avons peur de perdre notre emploi, parce que nous élevons seules nos enfants… On a tous fermé les yeux, refusé de déjeuner avec quelqu’un parce qu’il était mal vu par la direction, pas réagi quand un collègue se faisait humilier.»
Un livre, utile et édifiant, qui nous rappelle que le travail peut-être une souffrance mais qui, au-delà du cri d'alarme, doit prévenir et mobiliser les collectifs de travail au coeur de la prévention...
En savoir plus :
L'article de Libération ce jour : "La version crue des maux du travail"
Un merci tout particulier à FmR d'avoir relayé cette information...






Commentaires
un livre très édifiant sur les procédés utilisés pour diminuer les charges salariales d'une entreprise.
et sur l'égoïsme et la manipulation des êtres humains.
J'en ai moi-même fait les frais d'ailleurs.
un jour on m'a dit "tu n'es plus dans le rythme de l'entreprise, on a décidé de se séparer de toi"
Personne n'a compris, moi en premier, j'ai cru à une plaisanterie.
On venait de changer de DG et il fallait renouveler les équipes, pour plus jeune et moins bien payé.
je bénéficiais d'une convention collective très intéressante et j'étais dans les assistantes les mieux payées, j'avais 11 ans d'ancienneté.
Les directeurs commerciaux avec qui je travaillais, qui ont essayé de me soutenir se sont vus répondre de ne pas se mêler de ça s'ils ne voulaient pas avoir d'ennui.
Certaines de mes collègues n'osaient même plus me parler, ne venaient plus déjeuner avec moi.
Des clients m'ont même proposé de faire un courrier pour dire qu'ils étaient très satisfaits de mon travail, mais les relations financières passant avant...
Enfin voilà. Comme quoi ça existe bel et bien, et encore mon expérience n'est qu'une infime partie de tout ce qui est fait.
J'ai aussi rencontré ce genre de choses, quand j'ai travaillé dans les travaux publics.
Un conducteur de travaux promettait d'augmenter des ouvriers pour qu'ils fassent un travail un peu plus dur.
et quand l'ouvrier venait réclamer car l'augmentation ne figurait pas sur la fiche de paye, ce type toisait l'ouvrier du haut de son 1.90 et de ses 100 KG en disant "qui est-ce qui vous a dit ça ?" et si l'ouvrier répondait que c'était lui, il démentait.
Il surveillait aussi les ouvriers sur le chantier à la jumelle pour voir ce qu'ils faisaient et s'ils commençaient à l'heure.
et plein d'autres choses, c'était vraiment un tordu.
et la direction lui avait donné carte blanche....
Comme je lui tenais tête car je n'étais pas d'accord avec ses méthodes, on m'a aménagé un licenciement économique....
J'ai été un peu longue, excuse-moi.
mais tout cela me révolte toujours
Régine,
Tu n'as pas été longue loin de là... Merci à toi de ce précieux et courageux témoignage...
Et merci de ce que tu es...
Bien à toi
Sylve
Billet édifiant et témoignage poignant de Régine... il y a certains de tes billets que j'ai décidément du mal à commenter, et c'est tant mieux, laissons les parler d'eux mêmes...
A lire également dans Le Monde le portrait de Marie Pezé : http://www.lemonde.fr/societe/artic...
@ FmR : merci