J'ai lu tout récemment un article tout à fait intéressant rédigé par Pascale MOLINIER, que vous connaissez sans doute, Maître de conférence à la chaire de psychanalyse, santé et travail du CNAM (Conservatoire National des Arts et Métiers), elle a eu récemment pour objet de recherche : la psychodynamique du travail et les rapports sociaux de sexe » et « Genre, travail et sexualité »... qui est une approche tenant compte du "genre" en terme de construction sociale.

En voici quelques éléments...

Lors du 30ème Congrès National Médecine, Santé et Travail, Pascale MOLINIER posait la question en ces termes : de quel genre parle-t-on ?

« Les études en psychopathologie du travail montrent que les expressions de la souffrance au travail sont sexuées. Les formes spectaculaires : suicides, vandalisme, sabotage, explique Pascale Molinier, sont plutôt le fait des hommes, tandis que les pathologies somatiques plus discrètes sont plutôt le fait des femmes. » Cela est confirmé par les thérapeutes. Marie-France Hirigoyen, psychiatre et autrice du livre Le Harcèlement moral, la violence perverse au quotidien constate dans sa pratique que les femmes somatisent. Ainsi, une patiente exposée au harcèlement va prendre trente kilos, ou faire un eczéma géant et consommer des antidépresseurs. Un patient, dans une situation similaire, venu un jour la voir, lui a raconté son histoire. Quelques jours après il s’est suicidé… Les moyens mis en place pour lutter contre la violence et la souffrance au travail ne sont donc pas les mêmes. Ces dernières années, la psychodynamique du travail a mis en évidence comment les hommes dans les métiers masculins, le bâtiment par exemple, ont mis en place des stratégies collectives de défense. Ils s’interdisent toute allusion à la peur et à la souffrance. Et on trouve dans leurs discours de nombreuses références mêlant virilité et courage."

"Dans le travail d'une certaine façon, les femmes n'existent pas. Il existe des êtres humains qui vivent des expériences "en tant que femmes". La difficulté d'atteindre des postes à responsabilité, la confusion entre l'être et le faire, la contrainte d'être une bonne mère, mince et séduisante sont quelques-unes de ces expériences.

"Les femmes vivent également des contraintes distinctes selon les milieux professionnels. Dans certaines entreprises, quelques-unes racontent qu'elles ont dû prendre des horaires aménagés quand elles ont eu des enfants. Assumer pleinement ses responsabilités de mère était un élément de la confiance. A contrario, pour des cadres de santé à l'hôpital, pas question de travailler moins quand on a des enfants. Il faut assumer d'avoir voulu atteindre ce poste".

Les effets de cet "effacement" sur la santé des femmes n'est pas documenté. Interroger la santé dans une perspective de genre, c'est peut-être avant tout construire un point de vue critique vis à vis de nos propres stéréotypes de sexe. Ce qui suppose une remise en question des femmes, mais aussi des hommes...

Source : Santé et Travail

Pour en savoir plus (entre autres) :
- Les enjeux psychiques du travail. Paris, Payot 2006.
- L’énigme de la femme active. Sexe, égoïsme et compassion. Paris, Payot 2003.