Les maux des mots...
Par Sylviane LAURO le vendredi 14 mars 2008, - Actu - Lien permanent
... Je vous présentais dans mon billet d'hier le documentaire "Travailler à en mourir" qui devait être diffusé hier soir sur France 2...
J'avais le choix ce matin entre la sacro-sainte synthèse, le résumé ou le compte-rendu... Le reportage étant axé sur le témoignage des victimes de souffrance au travail, j'ai simplement choisi de vous retranscrire leurs maux au travers de leurs mots...
Morceaux choisis :
- "Quand quelqu'un tombe au fond du trou, on regarde ailleurs, c'est lâche mais c'est comme ça... on se croit à l'abri, puis un jour, c'est votre tour"
- "J'ai vite compris que je n'avais plus ma place dans cette entreprise",
- "Je n'arrivais plus à m'assoir à mon poste de travail, mon corps ne suivait plus",
- "J'ai honte de moi et de mon entreprise",
- "Je n'accepte plus de faire semblant",
- "En voiture, j'ai souvent pensé à donner un coup de volant pour en finir",
- "Si je reprends le travail, le soir même je serai au fond du trou",
- "Je préfère mourir que d'y retourner",
- "Je ne suis plus rien parce que j'ai été détruit",
- "Une fois qu'ils vous ont broyé, ils vous remplacent par du personnel sous-qualifié mais docile",
- "Je n'ai pas voulu mourir mais m'effacer" (jeune femme ayant fait une TS),
- "Alors que je venais d'avaler des comprimés sur mon lieu de travail, j'ai entendu mon manager dire à mes collègues : "laissez, elle simule !",
- "J'ai été insultée, rabaissée devant mes collègues... des fois par mes propres collègues",
- "Aucun de mes collègues n'a voulu témoigner, ils ont tous peur",
- "Il faut que ça se sache",
- "Une fois que vous êtes dans le collimateur, ils trouvent toujours une faute"...
Les consultations de souffrance au travail augmentent de façon exponentielle... Certains médecins du travail n'hésitent pas à sortir de leur réserve, à ainsi sauver des vies, et à parler ouvertement de "salariés kleenex". Il n'existe pas de données exhaustives mais les spécialistes parlent aujourd'hui de 5 à 6 suicides par jour dus à la souffrance au travail.
Témoignage d'un psychiatre : "Ces salariés développent un stress post-traumatique de type attentat, on attaque ces gens-là sur leurs qualités jusqu'à leur faire douter de leur confiance et à les détruire. Certains se battent, en justice ou pas, d'autres changent de vie, arrivent à se remettre debout et font autres choses"... mais à quel prix ?...
A noter : aucune des entreprises citées dans le reportage n'a souhaité répondre aux sollicitations des journalistes de France télévision...
Billets en rapport année 2008 :
- Travailler à en mourir
- Du harcèlement au comble de l'horreur
- Fort fort lointain les RH au coeur des risques psychosociaux
- Risques psychosociaux : de l'acceptation de la plainte
- De l'analyse à l'action
- Qui mieux que Renault ? Peugeot...
- Qui mieux que Renault ?
- Gestion des risques : le stress électronique
- Colloque sur le harcèlement moral au Sénat le 25 janvier 2008
Photo : globe solidarité






Commentaires
Au début, je voulais laisser un commentaire... et puis il y a des fois où il vaut mieux se taire...
Merci pour ce rappel Sylve
à très bientôt
... je sais...
Oui, ces témoignages sont angoissants...
Je trouve bien que les médias commencent à diffuser ce type de documentaire...les gens découvrent parfois des situations ou des états de faits qu'ils n'auraient jamais soupçonnés...
Oui la sensibilisation est importante pour lutter et surtout prévenir ce genre de situations, car nous sommes toutes et tous au sein de notre travail, co-acteurs de ces situations...
Les pouvoirs publics commencent également à bouger... c'est très positif...
Merci pour vos commentaires...
J'ai déjà donné un coup de volant pour sortir de la route;
Pendant plus d'un an je me faisais harceler moralement (j'étais une commerciale pas dans le moule du DR et bref, c'est trop long..)
Ma phrase qui me venait à l'esprit régulièrement c'était: "il me tue".
Et ça a bien failli!