Risques psychosociaux : De l'acceptation de la plainte...
Par sylve isis le mardi 12 février 2008, - Risques psychosociaux - Lien permanent
... S'il existe aujourd'hui un arsenal juridique en matière de harcèlement moral au travail (loi de modernisation sociale n° 2002-73 du 17 janvier 2002, Article 222-33-2 du Code pénal entre autres...), en raison de l'atteinte à l'intégrité physique ou mentale d'un salarié, d'une souffrance morale, d'une atteinte grave à leurs droits fondamentaux ou tout simplement en matière de droit de l'homme ; les victimes de tels agissements rencontrent toujours de nombreuses résistances ou blocages et entamer une procédure devient un vrai parcours du combattant.
Comme pour les agressions sexuelles il y a quelques années, les résistances vont ainsi du refus d'enregistrer les plaintes par les policiers ou gendarmes (par manque de formation sur le sujet), refus d'enregistrer les témoignages également ; jusqu'à la déqualification des faits par les magistrats, car en la matière il n'y a pas de preuves... et un jugement ne peut être rendu qu'à partir de preuve. D'autant que les juges sont très méfiants vis à vis de ce type de personne manipulatrice et perverse car ils craignent d'être eux-mêmes manipulés.
Double préjudice pour la personne visée qui n'est pas reconnue dans sa souffrance par personne, y compris par la justice, ce qui renforce sa douleur"le harcèlement moral est reconnu par le législateur dans les textes mais pas dans les moeurs" mais au-delà du préjudice subi, il est avant tout nécessaire d'accepter que les plaintes deviennent un matériau de travail... Car c'est par les plaintes que l'on entre dans ce genre de dossiers, quand, d'une façon ou d'une autre, "ça ne va pas" ou "ça ne va plus !". Alors comment favoriser la construction au sein de tels climats délétères ?
L'enjeu étant d'en faire un matériau utile afin de s'orienter vers une transformation, pour que cela n'arrive plus... Prévenir les risques psychosociaux revient, nous l'avons vu à travers d'autres billets, à prévenir l'apparition de troubles sociaux. Il faut donc se familiariser avec la nature de ceux-ci. Dans ce cadre, le médecin du travail a un rôle prépondérant à jouer (à condition que ce dernier ait une indépendance d'esprit par rapport à l'entreprise qui harcèle ou qui laisse faire le harcèlement), il émet également des avis d'aptitude qui peuvent être lourds de conséquences pour le salarié..
Exemple : j'ai appris pendant mes cours de secourisme qu'intervenir pour aider un accidenté de la route lorsqu'on n'a pas de formation spécifique, peut aggraver ses blessures et compromettre la suite des soins. Le bon réflexe est alors d'alerter et de s'en remettre aux secours spécialisés. Dans le cas présent, même si nous côtoyons plus quotidiennement l'émotion et parfois ses dérèglements, il faut garder en mémoire le vieux principe d'Hippocrate "Primum non nocere" (d'abord ne pas nuire). Pourquoi ?
- d'abord parce que les troubles psychosociaux se manifestent pour les personnes elles-mêmes et pour leur entourage sous des apparences infiniment variées et parfois trompeuses. En détecter les signes avant-coureurs, même chez des collègues que l'on croit bien connaître, n'est pas toujours facile. La personnes elle-même est mieux placée que quiconque pour savoir ce qu'elle ressent. (dans ce cadre laissons la place au seul spécialiste et sur demande de l'intéressé). Bref, si vous n'avez aucune finesse psychologique, abstenez-vous...
- Ensuite, il y a ce que l'on appelle la contagion émotionnelle. Car oui, les émotions sont contagieuses : une personnes stressée va stresser son entourage, l'anxiété se transmet rapidement dans un collectif, l'agressivité est communicative et si le harcèlement est diligentée par une personnalité de type perverse et manipulatrice ; cela peut détruire un collectif très soudé en seulement quelques jours, dans le but d'isoler la personne visée... le système peut alors à son tour devenir pervers et si cette perversion n'est pas dénoncée, elle va se répandre de façon souterraine par la peur, la manipulation, l'intimidation... et malheureusement dans ce contexte, le salarié est "mis en quarantaine" ce qui va renforcer ses troubles au lieu de les atténuer... Il existe la même base de fonctionnement dans la mafia ou les régimes totalitaires...
Que ce soit dans les familles, les entreprises ou les Etats, les pervers narcissiques s'arrangent pour porter au crédit des autres le désastre qu'ils déclenchent, afin de se poser en sauveur et de prendre ainsi le pouvoir. L'histoire nous a malheureusement montré à maintes reprises que ces hommes qui refusent de reconnaître leurs erreurs, n'assument pas leurs responsabilités, manient la falsification et manipulent la réalité afin de gommer les traces de leurs méfaits. Au delà du harcèlement moral dans les entreprises, il s'agit de rétablir le respect entre individus si nous ne voulons pas que notre société de demain et nos relations (in)humaines soient seulement réglementées par des lois...






Commentaires
Ton dernier paragraphe (sur les pervers narcissique)est on ne peut plus vrai! Sur le sujet, il n'y a qu'à voir "Maman chez Nissan Europe" et je connais une Mairie avec un groupe "anti-harcélement" où la quasi totalité des membres sont des harceleurs... Bref, les gens véritablement harcelés ne déposent pas plainte parce qu'il n'y a aucune crédibilité du groupe... sauf à vouloir changer de poste... C'est donc devenu une mesure "mobilité interne" où tous les gens qui veulent changer de poste portent plainte, eux! (parce que la mobilité interne dans une collectivité!!! hum hum!!! Effet pervers, donc!
Du métier d'où je viens...sans vouloir cracher dans la soupe...j'ai croisé beaucoup de manipulateurs obligés de manipuler parce qu'ils étaient eux-même manipulés par des "manipulés",... manipulés par d'autres manipulateurs...
Oui Karine il y en a même qui appelle cela "comité d'éthique" mais nous ne devons pas avoir le même dictionnaire !
Merci Christian, tu me donnes une idée pour un prochain post
Oui, je le redis, gardons espoir pour que tout cela s'améliore.
La psychologie de comptoir est la pire conseillère, et pourtant, tout le monde la pratique sans scrupule.
Comment faire pour enrayer ce phénomène ? il faut dans un premier temps que chacun reste à sa place. Si c'est un psy, qu'il agisse en tant que tel, si c'est un cadre, qu'il fasse en sorte d'améliorer l'environnement pour que cela ne dégénère pas, etc. Comme on dit chez moi, à chacun son métier.
Il faut aussi bien définir ce qui caractérise le "harcèlement moral". Si je dis le contraire de ce que tu penses, je provoque en toi un traumatisme, une souffrance. Suis-je un harceleur pour autant ?
Tu dis que le harceleur est un narcissique, soit j'en conviens, mais tu oublies de dire que la victime devient paranoïaque. Ce qui est aussi un trouble du comportement. En conséquence, chacun amplifie démesurément les intentions de l'autre, ce qui aggrave la situation plutôt que de la résoudre.
La place d'un personne extérieure doit être alors très neutre et ramener l'objectivité dans les deux comportements. Hors, en général, cette personne ne veut pas non plus prendre le risque de se retrouver dans la même situation que la victime, et donc soutient le narcissique. Est-ce de la manipulation ? non, c'est du confort. Celui qui a le pouvoir peut nous protéger l'autre pas.
Voilà, mon point de vue, avec la prise en compte de ma propre expérience de victime.
Patricia,
Il est vrai qu'il est toujours utile de rappeler ce qu'est le harcèlement moral, en voici la définition telle que promulguée par la loi : "Le harcèlement moral au travail a été défini comme un ensemble d'agissements répétés "qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte aux droits du salarié et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel " (loi n° 2002-73 du 17 janvier 2002).
Le harcèlement moral peut se manifester sous différentes formes. Citons notamment :
• le harcèlement gratuit et pervers, pour simplement détruire,
• le harcèlement stratégique, utilisé dans le cadre d'une logique de gestion, pour mettre en concurrence les salariés afin d'améliorer leur productivité.
Pris isolément, ces agissements hostiles peuvent sembler anodins. Mais leur répétition au quotidien peut affecter gravement la personne et avoir des répercussions importantes sur sa santé, physique et psychologique. On peut le considérer comme une forme de violence interne à l’entreprise. Mais, tu as entièrement raison, tous les comportements agressifs, tous les conflits, toutes les pressions ne relèvent pas du harcèlement.
Le phénomène de paranoïa s'explique en partie par une hyper combativité développée par la victime qui porte souvent en elle un schéma de communication idéal. Je suis d'accord avec toi pour dire que chacun porte sa part de responsabilité, la personne ayant subi ce genre d'agression en ressort d'ailleurs souvent moins naïve et plus forte... On parle alors de résilience ou du moins d'épisode structurant pour la personne...
Tu as également raison lorsque tu parles de "confort", toutefois c'est au pouvoir justement de jouer son rôle de protection, et dans des systèmes qui fonctionnent sur la loi du plus fort, du plus malin, les pervers sont rois. Dès qu'il est question de pouvoir c'est la société entière qui est concernée.
Quant à la psychologie de comptoir (rires !), que peut-on y faire ? Lutter contre la bêtise humaine est un vain combat...
Merci à toi de cet éclairage anecdotique bien utile pour nous tous...
Comme tu le dis, on ne peut lutter contre la bêtise humaine. Pourtant ces personnes qui harcèlent moralement leur collègue ou subordonnée, sont les premières à se vanter d'être de fins psychologues.
L'expérience de Milgram nous montre combien l'être humain peut être cruel dès lors qu'on lui donne un certain pouvoir. Cette expérience date des années 50. Rien n'a changé depuis.
Peut être faudrait-il envisager des formations sur ce problème, faire des réunions ou séminaires, lancer des slogans pour sensibiliser tout le monde de ce réel problème. En mettant en avant le fait qu'ils peuvent eux aussi être les victimes d'harcèlement, cela devrait les faire réfléchir, un peu comme les campagnes pour l'arrêt du tabac, ou la ceinture de sécurité.
Oui Patricia, comme le disait très justement Karine, certains se regroupent même en comité "anti-harcèlement", se syndiquent ou pire encore... Rien n'arrête ces personnes dénuées de scrupules... et effectivement, l'imagination humaine est sans limite quand il s'agit de tuer chez l'autre la bonne image qu'il a de lui-même... Une façon pour eux de masquer leurs propres faiblesses sans doute...
Pierre DESPROGES disait ceci : "Un mot qui vient bien, ça peut tuer ou humilier sans qu'on se salisse les mains. Une des grandes joies de la vie, c'est d'humilier ses semblables"... et comme tu le dis, n'importe qui peut être victime demain...
Dans ce sens de plus en plus d'initiatives voient le jour (voir mon dernier post)... Tu as raison de souligner que la prévention est notre meilleur atout dans ce cadre là... Que la sensibilisation a son rôle à jouer c'est indéniable... Mais les choses bougent dans le bon sens... De plus en plus de formations voient le jour et de plus en plus de personnes sont sensibilisées au problème qui devient aujourd'hui un véritable enjeu en terme de santé publique... A l'heure où nous parlons des problèmes liés à la discrimination, au handicap etc... il est temps qu'en terme de harcèlement, notre société ne se montre plus aveugle...