Zoom sur... Les conduites addictives au travail
Par Sylviane LAURO le jeudi 4 octobre 2007, - Conditions de travail - Lien permanent
... Sujet d'actualité du moment : l'alcool formellement proscrit pour les femmes enceintes ainsi que la législation concernant le tabac qui interdira à compter de 2008 de fumer dans les lieux publics...
Au-delà de la liberté individuelle concernant les deux cas cités plus haut, je voudrais aujourd'hui faire un zoom sur les conduites addictives au travail... Il s'agit en effet de comportement d'accoutumance et de dépendance qui entraînent une compulsion à prendre une substance de façon continue ou périodique, pour en ressentir les effets psychiques et éviter l'inconfort de son manque. Les produits concernés sont le tabac, certaines drogues, l'alcool mais aussi les médicaments psychotropes (antidépresseurs, stimulants etc...).
Mais que révèle vraiment ce "dopage quotidien" ? Aide-t-il à apaiser les pressions, les tensions, à atteindre une performance dans des conditions dégradantes ? La tendance veut en effet que l'on prête dans un premier temps des effets positifs à ces substances, notamment sur les notions de convivialité ("pause café" qui s'éternisent, "pots" etc...), de lutte contre le stress et de concentration.
En consommant la substance, le salarié cherche à décompresser, à mettre ses problèmes à distance, à "suspendre" le temps et à en gagner, à se concentrer... Nous serions ainsi face à une sorte d'automédication, vécue comme une condition de l'adaptation sociale, avant qu'elle devienne une source potentielle d'exclusion.
Je n'ai pas trouvé de chiffres précis sur le web concernant ces pratiques addictives au travail mais il suffit d'un peu d'observation de votre environnement de travail autour de vous pour se rendre compte d'une augmentation significative de ce problème.
Alors, un nouvel enjeu de taille en terme de santé publique ? Certes... Toutefois, la prévention de ce type de risques en entreprise est encore fort mal prise en charge et toujours très discutée... En effet, jusqu'à quel point l'entreprise doit-elle se sentir "responsable", ou du moins impliquée et concernée par cet état de dépendance dont on sait qu'il n'est pas complètement imputable à la vie au travail ? La hiérarchie, les collègues et même les syndicats restent souvent timorés sur cette question ne sachant pas jusqu'où s'immiscer dans ce qui est du domaine privé... Exercice difficile s'il en est...
Mais au-delà des raisons de cette dépendance, en plus de la question de la santé du salarié, si celui-ci n'est pas à même d'accomplir correctement sa tâche, s'il peut mettre en péril sa sécurité, celle de ses collègues ou pplus largement celle d'autres personnes ou matériels, et si son intégration collective en est aussi compliquée alors l'entreprise n'a plus à s'interroger. Elle a tout intérêt à prendre à compte ce type de risques, avec pour objectif de remonter le plus vite possible, en amont, vers une prévention basée sur des messages collectifs, d'autant plus qu'elle pourrait aussi être mise en cause par la justice.
Il est donc primordial d'avancer ensemble sur la prévention de ces risques afin de trouver un équilibre fécond pour le bien être des personnes et des organisations...
Excellente journée à toutes et à tous...






Commentaires
Mais ces conduites addictives sont-elles en augmentation uniquement dans le milieu du travail ou en général dans la société d'aujourd'hui ?
J'avoue je suis accro ... au thé noir, vert, rouge, blanc aromatisé, pure, de préférence en vrac que je roule moi-même dans des sachets individuels 2 à 4 fois par jour et qu'en semaine (mon dealer, Mariage Frères)... mais pas plus !
Ton billet est très intéressant, effectivement, le stress engendre chez l'individu des besoins de palier de décompressions... et ce n'est pas les drogues dures et douces (médiatiques) qu'il utilise le plus.
La caféïne, la théïne, il y a des excitants qui pour le moment ne sont pas pointés du doigt comme "nuisent à la santé" mais "nuisent aux heures de travail".
A quand la remise en question (comme dans le système scolaire) de l'emploi du temps des salariés ? A quand l'aménagement de vrais moments de détente professionnelle brevetés par un psychologue (sans le culpabilisation "houla, mon chef m'attend") ?
Le problème est éternel, l'entreprise ne met pas un couteau sous la gorge d'un individu pour qu'il s'adonne à son additif préféré, mais le "savoir-être" qu'elle réclame le pousse à consommer... Les études sur l'inconscient et le conscient ne font pas encore jurisprudence, pourtant on révise le code du travail
Bonsoir, Sylve,
Je crois, si je comprends bien ton billet, qu'il est temps pour chacun de prendre ses responsabilités et d'assumer ses actes, il faut à un moment donné arrêter de vouloir trouver des responsables pour justifier des actes. Certes, certaines situations professionnelles peuvent augmenter les risques, ce que tu démontres très bien depuis plusieurs billets.
Ne penses-tu pas qu'il est un peu trop réducteur de mettre des choix personnels sur les épaules d'autrui ?
Cordialement
@ Christophe,
Mes billets vont justement à l’encontre de ta question : ils ne sont pas des prises de position, ni des procès d’intention et encore moins « réducteurs » à mettre une responsabilité sur tel ou tel… Chacun est acteur et responsable, voire co-acteur dans le développement de ces facteurs alors qu’ils devraient être co-acteur dans la prévention… L’analyse doit donc être à la fois individuelle et collective… Il est vrai que le sujet m’intéresse et il s’agit simplement de questionnements faisant appel à réflexion… Il ne s’agit justement pas de se placer dans l’optique du « ce n’est pas moi c’est l’autre », du « j’ai raison », du « je sais tout » et encore moins du « j’ai la solution à tous vos problèmes »…
Nous le savons aujourd’hui car le constat fait l’unanimité : violences, stress au travail, harcèlement etc… sont légions… et la croissance manifeste de tout cela rend doublement urgente la nécessité de mettre en œuvre des dispositifs de prévention, encore trop rares et partiels à ce jour.
Nous faisons aujourd’hui du curatif et non du préventif… Alors oui, je m’interroge : ne vaudrait-il mieux pas prévenir les mots que soigner les maux ?
Comme le disait Touline, est-ce sociétal ? est-ce historique ? Avons-nous assez de recul pour répondre à ces questions ? Je ne saurais le dire…
Je pense simplement qu’il n’est plus temps de se voiler la face (mais cela fait peur à tous et c’est une réalité…) et de savoir prendre en compte réellement ces souffrances… S’il n’y a aucun doute sur l’urgence et la force avec lesquelles nous devons condamner la survenance des différentes formes de harcèlement par exemple, la façon dont ces questions sont traitées apparaît encore trop souvent comme un obstacle à une véritable construction préventive et collective. En effet, dans de tels cas, il est très commun de mettre en avant une relation inter-individuelle perturbée par un comportement quasi-psychiatrique (j’ai moi-même eu ce mauvais réflexe !)… Alors que cela empêche de pointer les carences du fonctionnement collectif qui aurait pu réguler les relations et éviter leur dégradation… et, nous en avons déjà parlé, une fois installées, ces situations relèvent plus des tribunaux et de l’accompagnement psychologique… Du gâchis pour les salariés, pour l’entreprise, pour les familles des salariés (cas des suicides au travail) etc…
Certes, dans un monde du travail de plus en plus individualiste, lieu de pouvoir et d’argent cela peut paraître utopiste, voire avant-gardiste… Toutefois, je pense effectivement que cela peut constituer à terme un levier du développement des hommes, des organisations et de la performance… Ainsi, faire de la prévention sur les risques psychosociaux doit devenir un projet stratégique afin que le travail reste un lieu de construction de soi… Mais que la route est longue…
Bonjour,
Pour le tabac, l'heure n'est plus à la légèreté ou à la rigolade, il faut que nous arrêtions tous de fumer, car fumer tue !!!
Pour le thé, le café et autres barres chocolatées, il n'y a pas à mon sens de risques ou de fléaux à venir.
S'agissant de l'alcool et autres drogues, l'éducation tient une place importante dans les consommations relevées et enfin le laxisme et l'immobilisme de nos pouvoirs politiques font le reste. Une prise de conscience collective est toujours délicate à mettre en oeuvre... C'est à nous parents, de donner l'exemple et de bien éduquer d'abord... Je suis d'accord pour dire qu'il vaut mieux prévenir que guérir, mais en France, nous sommes les champions du monde du "fait ce que je te dis, mais ne fais pas ce que je fais..."
@ Christian,
Je ne me permettrai pas de commenter la question "fumeur" simplement parce que moi-même je n'ai jamais commencé mais comme je l'ai lu récemment sur l'un des blogs (un commentaire de ta part il me semble bien...)... combien un cancer du poumon engendre-t-il de dépenses au niveau de l'assurance maladie ? Il en est de même de plus en plus pour l'alcool, la drogue, les antidépresseurs etc... etc... malheureusement... mais chacun est libre de gérer sa santé comme il l'entend et effectivement oui, il s'agit d'un problème d'éducation... Travailler sur le collectif est sans doute ce qu'il y a de plus difficile à faire et malheureusement dans bien des domaines "ta" dernière phrase fait encore trop souvent de dégâts... Allez comme toujours, on y croit et on avance...
Bien à toi
Oui on y croit...MmmmanDieuu !!!..., samedi !!!..., devant le match France/allblacks !!!..., glaglaglaglagla !!!, je vais me bourrer de cacahuettes...pour calmer mon stress...
Allez les bleuo di Franço !!!
Evidemment, je conseille le chocolat, contenant du magnésium, mais comme toute chose : il est à consommer avec modération !
@ bientôt