Le blues des recruteurs
Par Sylviane LAURO le lundi 27 août 2007, - Emploi - Lien permanent
Voici le billet paru ce jour sur le site de cadre-emploi...
Ce n’est pas encore une révolte. Juste un grondement sourd qui monte des plaines du recrutement. Figurez-vous que les professionnels de l’embauche en ont ras le bol et commencent à le faire savoir. Leur problème : les dirigeants de leurs entreprises – ou de celles qui les paient pour aller à la chasse aux cadres – vivent dans une bulle. Un monde merveilleux qui a quelques années de retard sur la France de 2007. Où les ingénieurs accepteraient d’être embauchés à des postes de techniciens. Qui s’offrirait le luxe de refuser le moindre avantage à ses cadres frais embauchés tout en leur versant des émoluments 20% en deçà des prix du marché. Et qui exigerait de ses commerciaux de niveau bac + 2, qu’ils sortent tous d’une grande école de commerce.
Ces dirigeants semblent englués dans une époque où les candidats acceptaient tout et n’importe quoi, pourvu qu’il y ait un contrat de travail à la clé. Quelle que soit sa nature et sa durée. Sauf que les temps ont un brin changé. Pas pour tous les chercheurs d’emploi, hélas. Mais dans certains secteurs comme l’informatique, la banque, le BTP ou l’hôtellerie, les postes proposés sont bien plus nombreux que les candidats intéressés.
Alors nos recruteurs, qui sont bien obligés de suivre les ordres de leur patron ou commanditaires, sortent les rames pour tenter de coller un visage sur les profils de poste parfois ubuesque concoctés dans leur dos. Evidemment, ils ne vont pas défiler entre Bastille et Nation pour réclamer de meilleurs salaires pour les candidats, mais la grogne monte et les langues se délient. Morceaux choisis : « J’en ai plein le dos de faire le téléacteur, de relancer des candidats qui me snobent, parce qu’ils ont cinq propositions, toutes plus intéressantes que les miennes, » se lamente cette chargée de recrutement dans l’informatique. Un autre redoute, plus que tout, les entretiens qu’il fait passer : « Dès qu’on aborde le salaire et les avantages, j’y ai droit. Certains ricanent, d’autres me demandent carrément si je suis sérieux… »
De l’autre côté du miroir, les candidats, ont parfaitement conscience de la situation. Et ils sont de plus en plus nombreux à rayer leur numéro de téléphone de leur CV. « Maintenant, je filtre les propositions par mail uniquement », avoue Marc, 30 ans, belle école de télécommunications et 5 ans d’expérience. Car il se souvient des relances de certains recruteurs, « jusqu’à trois fois par jour ».
Alors, les recruteurs tentent d’inverser la situation. De convaincre en finesse ceux qui décident. « Je recherche constamment des études, des rapports, des articles de presse qui mettent en avant ces problèmes, et je les fais passer à mon boss, » avoue une DRH dans l’informatique. Celui-là pousse le processus jusqu’à établir la liste précise des bons candidats qu’il a raté. Lorsqu’ils refusent ses offres, il les asticote pour qu’ils livrent le nom de la boite où ils ont signé, et à quelles conditions. « Et je fais des rapports à ma direction. Peut être qu’à force, ils vont changer de cap et offrir de meilleures conditions ».
C’est un fait : la pénurie de candidats n’est pas une vue de l’esprit. Mais elle n’existe que dans les entreprises qui s’imaginent encore qu’un professionnel bien formé et doté d’une bonne expérience est prêt à tout accepter pour bosser.
Que vous dire alors du blues.................. des candidats ?? A vos commentaires candidats et recruteurs...






Commentaires
Coucou Sylve ! Cet article est très intéressant, toutefois essaie d'éviter de faire des copier/coller d'articles entiers, le début de l'article suivi d'un lien suffisent amplement.
Toute la musique que j'aime....elle vient de là .......
Les patrons devraient pourtant savoir que l'investissement est plus rentable lorsque le candidat qui rentre, monte en puissance dans la société en apportant sa valeur ajoutée grâce à une bonne intègration, formation, suivi des carrières...vouloir recruter quelqu'un d'optimum à tous les niveaux dès le départ, n'existe pas, car il créera forcement une fracture évidente avec les autres...
Concernant les salaires..., vouloir tout, tout de suite, sans rien faire et à moindre coût, est une mode débile qu'on a voulu nous imposer depuis les années 80, en même temps qu'une certaine pensée unique d'ailleurs...
Candidats et recruteurs...faisons corps !!!...
PS : (cette reflexion n'engage que moi...biensûr...)
Bon...ben...la sensation d'inexprimable alors...
Je sais, c qque chose que j'évite de faire... autant pour moi, mais je manque un peu de tps actuellement...
1 000 excuses !
... en réponse à Christian : je pense qu'un agent est une véritable valeur ajoutée au bout d'environ trois ans... A condition que l'analyse prévisionnelle soit calquée de manière pertinente, ce qui est loin d'être le cas (en réf à ton billet sur la GPEC il n'y a pas très longtemps !)... et lorsque l'agent atteint sa maturité en performance et formation, il est susceptible de prendre la place de qq'un d'autre alors on le vire... (schématiquement c'est un peu ça non ?!)... Quant à la pensée unique... C'est sans commentaire... et cela aussi n'engage que moi...
Merci pour l'inexprimable... C'est... intranscriptible !! (rires !!)
Analyse assez pessimiste, mais souvent vérifiée malheureusement...you are right !!!
inexprimable, intrancriptible...ben mince alors? doit bien avoir moyen d'extirper quelque choses quand même?...
Bonjour,
Y aurait-il une remise en question dans le coin? Et bien la pensée unique dans un monde unique pour des personnes uniques, comment on fait?
Toutefois bon article, qui permet de mieux comprendre les difficultés de certains recruteurs.
Cordialement
@ Christian : je suis pourtant de nature optimiste, mais c'est trop souvent vrai et cela est vraiment dommage ; toutefois, on ne va pas refaire le monde...
Quant à nos qualificatifs, il y en aurait bien d'autres, mais parfois nul n'est besoin de dire les choses pour se comprendre...
@ Christophe : la remise en question est généralement ce qui fait avancer le plus, et souvent dans le bon sens quant à ta deuxième question, un monde unique, ok, des personnes uniques encore ok, une pensée unique non, non, non et encore non...
Bien à vous deux...
Pardon Sylve...parfois ma curiosité,... peut être aussi mon côté un petit peu "altruiste" fait que...
Une chose est sûr et transcriptible : Garde toi bien de changer...tu obtiendras tous les bonheurs, en restant toi....
Merci d'être ce que tu es...
Bien à toi,
Christian
Voilà des mots qui éliminent bien des maux... Mon intention n'est pas de changer mais justement de garder ce cap... Il ne serait en être autrement de toute manière...
Merci Don Rodrigue, d'avoir un si grand coeur...
Bien à toi
Sylve