"On prend les gens, on les casse, on les vire..."
Par Sylviane LAURO le jeudi 17 septembre 2009, - Risques psychosociaux - Lien permanent
Photo : ici
"C'est l'histoire de Mélanie. Elle est caissière dans un supermarché. Elle a une vingtaine d'années. C'est son premier job. Une gosse adorable, qui a envie de s'en sortir dans la vie. La lampe rouge clignote. Elle est debout. Elle termine sa journée... enfin... Mais la joie de vivre de ses jeunes années s'est envolée, son visage est fermé, elle est là , telle un robot, ses mains trahissent un léger tremblement, ses grands yeux noirs sont embués de larmes contenues. Le client s'en va, sans "un merci", pas même un "au revoir"... Il faut bien tenir le coup encore quelques minutes, le temps de compter sa caisse et de faire un peu de nettoyage. Mais les gestes deviennent de plus en plus brusques, de plus en plus saccadés, puis la verbalisation : "on est traité comme de la merde ici !". La caissière d'en face lui adresse un regard compatissant, tandis que dans la file d'attente d'à côté, tous les clients lui font volte-face... Comme si elle était pestiférée... Une indifférence hallucinante... C'était son dernier jour ici... Elle va reprendre bientôt ses études avec l'espoir d'un ailleurs un peu meilleur..."
Non, vous ne venez pas de lire un extrait du blog de notre amie Anna in "Les tribulations d'une caissière" mais ces situations existent tous les jours près de chez vous...
Quelle perception du monde du travail laissons-nous à nos gosses ? Et où sont nos valeurs de solidarité ? d'entraide ? de respect ? A l'heure où la "soi-disant" fragilité de l'individu est mise en cause de manière récurrente, les 400 suicides par an liés au travail sont-ils une fatalité ? Ou peut-être est-ce simplement une "mode" pour reprendre le lapsus TRES révélateur du PDG de France Télécom....
Pour y répondre, voir l'interview ce jour de C. DEJOURS dans le Monde : cliquez ici%%
Extraits :
"Avant il y avait les autres, un collectif de travail, des stratégies de défense, on ne laissait pas un type s'enfoncer. On apprend aujourd'hui le pire alors qu'on apprenait le meilleur hier : la solidarité. Aujourd'hui, c'est la solitude totale."
Demain, cela pourrait être votre gosse, l'un de vos proches, l'un de vos amis, l'un de vos collègues de travail... et après-demain, cela pourrait être vous...
Bonne continuation à toi petit ange...






Commentaires
moi c'est déjà fait;
et ma colère est terrible.
Sylve, encore une fois tu es là pour rappeler l'essentiel. J'espère pour Mélanie un nouveau départ et surtout, ne pas se remettre en cause elle. Je lui adresse mes pensées, du courage, de l'énergie pour ce qu'elle a devant elle.